Qu’elle récite des vers ou incarne la Mère Thénardier, la Folle de Chaillot… cette formidable actrice au caractère bien trempé, s’attire moult qualificatifs :
« Muse des symbolistes, incarnation de la poésie… »

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Marguerite MORENO
Lucie Marie Marguerite MONCEAU dite …

Née le 15 septembre 1871 à 15h à Paris 9e
Selon acte n° 1089 – Archives de Paris en ligne – vue 7

 Décédée le 14 juillet 1948 à Touzac Lot 46

 

 

Elle a l’air d’une femme qui vient vous dire la mauvaise aventure !

Elle suscite nombre de qualificatifs de ceux qui l’approchent.

Plus de 300 fois, La Folle de Chaillot en 1946

Une actrice intense, hors normes et perfectionniste

 

 

Elle a l’air d’une femme qui vient vous dire la mauvaise aventure !
selon son ami
Sacha Guitry.

Malgré son physique ingrat, un peu hommasse, Marguerite Moreno déclenche des passions folles et séduit nombre d’hommes de lettres après son mari Marcel Schwob, Pierre Louis, Abraham Catulle-Mendès, Francis James, Paul Léautaud, Sacha Guitry, Stéphane Mallarmé… et aussi l’incomparable Colette.

Sa présence sur scène est telle que Marguerite passe avec le même succès du rôle de jeune première éthérée à celui de matrone mûrissante et extravagante.

Saisie par le virus de la poésie dès l’adolescence et tombée amoureuse des vers de Verlaine, Marguerite vient au Café Procope rencontrer le poète attablé devant son éternelle absinthe.

Elle est la fille d’un professeur de mathématiques, Pierre Monceau. Sa mère, Charlotte Moreno, de souche espagnole, est une femme indépendante qui n’hésite pas à ouvrir un bureau de nourrices malgré l’opposition de son mari, dont elle finit par se séparer.

 


Jim La Houlette (1935)

Marguerite s’inscrit au Conservatoire contre l’avis de sa mère et ses premiers prix de tragédie et de comédie l’amènent à la Comédie Française.

Sa diction impeccable et ses grands yeux noirs subjuguent l’auditoire et font tourner la tête de jeunes poètes symbolistes tels Stéphane Mallarmé et Paul Valéry.

Capable de tous les styles, elle se fait fée diaphane habillée en impératrice byzantine pour son mariage en 1900 avec l’écrivain Marcel Swob ou plus tard, au cinéma où elle impose l’image de vieux gendarme, de tante à héritage ou de dame patronnesse...

Devenue veuve de Marcel Schwob, Marguerite se remarie en 1908 avec un jeune premier des années folles, Jean Daragon. Le jeune couple décide d’aller vivre en Argentine où l’actrice animera un cours de diction pendant sept ans à la section française du Conservatoire de Buenos-Aires.

 

 

Elle suscite nombre de qualificatifs de ceux qui l’approchent.

On la voit heureuse de dire des vers, alors on la nomme « incarnation de la poésie ».

Acide avec les femmes, autoritaire avec les hommes… ainsi parle François Périer plus impressionné par cette actrice que par Louis Jouvet.

Elle incarne la malice et la satire des femmes en personne selon Paul Léautaud qui avoue que personne ne dit les vers de Baudelaire comme elle…

Qu’elle joue la mégère impitoyable en Mère Thénardier ou la cartomancienne en reine des gitans, cette actrice exceptionnelle va profiter de l’avènement du cinéma parlant des années 1930. Excellente dans les rôles de composition, elle devient une vedette populaire à 60 ans.

Sur les conseils de son amie la plus chère l’écrivain Colette, Marguerite Moreno s’oriente vers le comique et en 1929, remporte un grand succès dans Le Sexe faible  d’Edouard Bourdet où elle incarne une vieille comtesse slave qui, pour occuper son ennui, lève et paie de beaux garçons.

Qu’elle joue Ces dames aux chapeaux verts (1936), Ma Tante dictateur (1939) ou Tout va très bien Madame la Marquise (1936), son autorité, son humour, son goût des accents, le relief unique qu’elle donne aux personnages, lui attirent la popularité.

 

Plus de 300 fois, La Folle de Chaillot en 1946

Elle triomphe au théâtre dans le rôle d’Aurélie de La Folle de Chaillot écrit pour elle par Jean Giraudoux. Cette pièce sera représentée plus de 300 fois en 1946. Son dernier film L’assassin est à l’écoute, sort quelques semaines après sa mort en 1948.

On la retrouve dans plus de 100 films entre 1911 et 1948 et dans une vingtaine de pièces de théâtre à la Comédie Française qu’elle quitte en 1903 pour rejoindre le Théâtre de Sarah Bernhardt puis le Théâtre Antoine.

 

 

Une actrice intense, hors normes et perfectionniste

Faire spectacle avec originalité et extravagance est dans la nature de Marguerite Moreno. C’est sa façon de rencontrer les autres. Et pour captiver un large public, quoi de mieux que les planches d’un théâtre.

Remettre sans cesse en jeu son talent au théâtre est un défi qui lui plaît. A chaque représentation, il lui faut ressentir cette tension pour donner le meilleur d’elle-même quoi qu’il arrive.

En terrienne de la Vierge et du Capricorne, tout est calculé dans le détail jusqu’à la perfection, que ce soit l’allure ou la diction.

Exigeante avec elle-même autant qu’avec les autres, elle se glisse à fond dans la peau de ses personnages à qui elle donne un relief intense et unique.

Marguerite aime le spectaculaire, l’humour, l’amitié, l’excentricité, que le rôle soit tragique ou comique. Elle excelle dans ses deux styles surtout s’il faut mêler de l’acidité dans les sentiments et incarner des rôles provocateurs ou scandaleux.

Que cette modeste vignette réveille le souvenir de cette actrice hors normes née pour le théâtre et la représentation publique.

 

Merci à Marc Brun de m’avoir signalé cette grande dame du théâtre et du cinéma

 

 


(
Logiciel AUREAS AstroPC Paris)

 

 


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