Voici l’étonnante destinée d’une femme de chambre devenue restauratrice mondialement connue pour son auberge et sa fameuse omelette.

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La Mère POULARD
Anne BOUTIAUT dite « La Mère Poulard »

née le 16 avril 1851 à 13 heures à Nevers Nièvre 58
Selon acte n°179 AD58 en ligne-  5 Mi 1 88 Nevers 1846-1852 – vue 745/1029

Décédée le 7 mai 1931 au Mont-Saint-Michel 50 Manche

 

 

 

De la restauration du Mont-Saint-Michel… à la restauration des visiteurs du site

Son père est journalier aux maraîchages des faubourgs nivernais et sa mère porte les légumes récoltés au marché de la ville, chaque matin.

Aussi, Anne ne peut guère s’attarder à l’école car il lui faut travailler. Très jeune, elle entre comme femme de chambre au service d’Edouard Corroyer qui vient d’être nommé architecte en chef des Monuments historiques. En 1872, il est chargé par le gouvernement de la restauration de l’abbaye du Mont-Saint-Michel, où il part s’installer avec femme, fille et domestique. En effet, ce lieu a souffert pendant la Révolution et cinquante ans de garnison pénitentiaire.

C’est ainsi qu’Annette découvre la Normandie et la mer pour des raisons de restauration architecturale, elle qui bientôt se dévouera à la restauration de sa clientèle !

 

L’omelette, une idée simple qui fera sa renommée

Consciente de son manque d’instruction, elle prend des cours d’orthographe et de mathématiques auprès de la religieuse institutrice du Mont-Saint-Michel. Elle s’intéresse aussi au fils du boulanger du Mont, Victor Poulard qui devient son mari le 14 janvier 1873 à Paris 8e. (voir en fin de fiche)

Annette a pour témoin son patron, probablement organisateur de ce mariage à Paris.

Le jeune couple Poulard, à l’âme conquérante et entreprenante, se lance dans la gérance d’une modeste auberge intitulée Saint-Michel Tête d’Or au nom prédestiné pour réussir. Toutefois, le site du Mont Saint-Michel ne connaît, à cette époque qu’une petite affluence limitée à une poignée de scientifiques, pèlerins ou artistes qui osent s’aventurer jusqu’au donjon de l’ilôt Saint-Michel.

De plus, comme la digue-route n’existe pas encore, les clients se présentent au rythme de la marée, c’est-à-dire à n’importe quelle heure. Et il s’agit de les nourrir dès leur arrivée.

Quoi de mieux qu’une bonne omelette mousseuse pour combler leur appétit et les contenter au plus vite. Voilà l’idée simple et géniale d’Anne Poulard.


Façade de la maison de la Mère Poulard

 

Chez la mère Poulard, un accueil chaleureux et attentionné

La notoriété du Mont-Saint-Michel se développe et avec elle, prospèrent les affaires de la restauratrice si bien que les journaux parisiens évoquent l’incontournable omelette de « La Mère Poulard ».

Sa renommée est telle que l’on ne peut se rendre au Mont Saint Michel sans aller goûter l’omelette de la Mère Poulard qui livre volontiers sa recette au cuisinier Robert Viel :

Je casse de bons œufs dans une terrine, je les bats bien, je mets un bon morceau de beurre dans la poêle, j’y jette les œufs et je remue constamment.

Sa réussite fait des envieux à commencer par ses enfants qui ont ouvert deux hôtels et se font une concurrence acharnée.

Bientôt, les célébrités de tous bords fréquentent sa table, qui voit arriver vedettes, princes, rois, nobles et hommes politiques dont Georges Clémenceau qui se lie d’amitié avec la patronne, ainsi que bon nombre de clients anonymes qui se pressent près de l’âtre des Poulard.

Débrouillarde et inspirée, elle aime recevoir et son accueil est chaleureux, attentionné, envers quiconque entre dans son restaurant. D’entrée, elle donne au visiteur l’impression qu’il franchit une maison familiale. Empressée de recevoir « ses enfants » avec une simplicité naturelle, elle s’enquiert de leurs nouvelles :

Avez-vous fait un bon voyage ? [...] Passez vite à table, car vous devez être mort de faim. [...] Madame, donnez-moi ce manteau, que je le fasse sécher. [...] Soyez tranquille, on vous le rendra repassé pour la visite du château. Prenez cette écharpe en attendant. [...] Et cet enfant, n'a-t-il pas eu peur ? [...] Maintenant, remettez-vous. Prenez votre temps. Mangez bien. Et quand vous aurez fini, on vous montrera le chemin.

Un jour le roi des Belges Léopold II veut s’installer à la terrasse. Annette refuse de le servir. Comme tout le monde, il devra s’attabler dans la salle à manger.

 


Enseigne du restaurant « La Mère Poulard »

 

La Mère Poulard, une femme d’avant-garde qui veille à tout

Malgré son apparent désintérêt pour l’argent, Annette n’en surveille pas moins son tiroir-caisse. Avant de partir, c’est encore à elle que l’on demande la note.

— Votre note, Monsieur ? D'abord, nous n'en faisons jamais. C'est la vie de famille, chez nous [...] Vous êtes pressé, la voiture vous attend. [...] Mais partez donc. Vous me payerez une autre fois, quand vous reviendrez...

— Mais, Madame...

— Vous y tenez. Eh bien ! Faites vous-même votre note. Vous savez ce que vous avez pris.

— Oui. Il y a ceci et cela...

— Est-ce qu'il n'y a pas aussi une bouteille de vin ?

— Ah ! Oui, c'est vrai, Madame ; j'oubliais...

Pour les artistes, parfois le paiement se fait avec des œuvres (aquarelles, pastels…)

Quant à embaucher du personnel, elle a sur le sujet une idée simple frappée au bon sens de sa nature indépendante et originale. A ce propos, elle répliquait :

Oui, je perdais de l'argent et je le savais. Mais réfléchissez donc. Pour me faire payer strictement, il m'aurait fallu une caissière, que j'aurais dû rétribuer, nourrir, loger, supporter [...] et qui ne m'aurait pas secondée.

Tout compte fait, je crois que j'avais du bénéfice. Puis beaucoup de braves gens, rentrés chez eux, se rappelaient leur distraction ou avaient du remords de leur vilaine action : ils m'envoyaient un mandat, avec un mot aimable. Tous m'envoyaient leurs amis. J'y gagnais. C'est comme cela que nous avons fait la réputation de la maison. »

Dans la maison Poulard, on ne s’embarrasse pas de comptabilité :

À la fin de la saison, disait Madame Poulard, nous faisions notre caisse. Nous gardions par devers nous les sommes nécessaires pour passer l'hiver et préparer la saison suivante. Le reste, nous le mettions de côté. »

La maîtresse des lieux concocte, au long de sa carrière, quelque sept cents recettes mitonnées derrière les fourneaux de cette ardente restauratrice au grand cœur.

Quand le couple Poulard prend sa retraite en 1906, il fait construire une maison vers le haut du Mont Saint Michel.

Dans le cimetière paroissial, il est à présent une tombe célèbre où l’on peut lire cette belle épitaphe :

Ici reposent Victor et Annette Poulard. Bons époux, bons hôteliers. Daigne le Seigneur les accueillir comme ils reçurent leurs hôtes.

Désormais, « La Mère Poulard » est une marque internationale agroalimentaire réputée qui, dans 17 établissements, emploie un millier de salariés.

 

La Mère POULARD

 

 

 

Victor POULARD époux de la Mère POULARD
Né Victor Louis Jacques POULARD

le 8 juin 1848 à une heure du matin
au Mont-Saint-Michel 50 Manche
selon acte n°35 AD50 en ligne 5 M i 142 – 1843-1852 – vue 146/256


(Logiciel AUREAS AstroPC Paris)

 

En astrologie, d’où vient le goût pour la cuisine ?

Pour en savoir plus suivez le lien : https://www.janinetissot.com/2019/12/31/les-cuisiniers-restaurateurs/

 

Retrouvez l'acte sur les Archives Départementales Françaises en ligne

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