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Ethnographe, grande figure de la Résistance en France et fondatrice du réseau « Musée de l’homme »

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Germaine TILLION
(Née Germaine Marie Rosine Marguerite Françoise Antoinette Paule TILLION)

Née le 30 mai 1907 à 13 heures (« une heure du soir ») à Allègre Haute-Loire 43
(Source : acte état-civil n°17)

Décédée le 19 avril 2008 à Saint-Mandé Val-de-Marne 94

 

 

Militante infatigable pour la liberté,
Germaine Tillion s’attache aussi à chercher un sens aux atrocités de son siècle.

Née d’un père juge de paix à Allègre, elle fait ses études primaires à Clermont-Ferrand, puis devient étudiante à Saint-Maur-des-Fossés en 1922.

Mais trois ans plus tard, comme son père décède d’une pneumonie, c’est sa mère qui fait vivre la famille en travaillant pour Hachette à la publication de guides culturels sur les régions de France et les pays d’Europe.

Germaine entreprend des études supérieures à l’Ecole du Louvre, au Collège de France et à l’Institut d’Ethnologie, tout en aidant sa mère dans l’édition des « Guides bleus ».

Après avoir étudié l’archéologie, la préhistoire et l’histoire de l’art, et dans le cadre de sa formation en ethnologie, elle effectue quatre missions dans l’Aurès, en Algérie, entre 1934 et 1940, en tant que directeur honoraire à l’Ecole pratique des Hautes Etudes.

Quand elle revient en France, c’est l’Armistice de 1940, et rentrant vers Paris, elle se retrouve sur une route où toute la France du Nord et aussi la Belgique, migrent en vrac vers le sud. Les habitants des maisons bordant le trajet ouvrent leur porte aux passants qui peuvent écouter le poste de radio. Et Germaine y entend une voix chevrotante qui annonce la capitulation de la France devant Hitler. Elle dira plus tard :

Je suis sortie pour vomir. Autour de moi, les gens pleuraient.

 Son premier acte de résistance est de donner les papiers de sa famille à une famille juive nommée Lévy qui sera ainsi protégée jusqu’à la Libération. Plus tard, les historiens découvriront qu’en France, trois juifs sur quatre ont ainsi échappé aux poursuites de la Gestapo.

 

L’armistice m’a indignée mais la politique de collaboration m’a écœurée !

C’est ce que déclare plus tard, Germaine Tillion, dont la nature profonde est de militer, sans relâche, pour la liberté.

C’est ainsi qu’à la suite de l’arrestation et de l’exécution de camarades dont elle est l’adjointe, elle devient chef d’un mouvement de Résistance, en août 1940. Après la guerre, ce groupement sera homologué sous le nom de groupe du musée de l’Homme et son rang validé par le grade commandant.

En ethnologue, Germaine analyse que la résistance s’est réalisée dans l’urgence et sous la pression de trois obligations : organiser les évasions, informer les Français soumis totalement à la botte nazie et enfin soutenir les Anglais dans leur combat face à l’ennemi.

 

 

Son réseau de résistance dénoncée, Germaine vit la déportation à Ravensbrück

Mais le réseau « Gloria » dont elle dépend est dénoncé et Germaine est arrêtée le 13 août 1942 et déportée le 21 octobre 1943, ainsi que sa mère, à Ravensbrück. Après la Résistance lui vient, alors, l’expérience inhumaine de la déportation qu’elle aborde, encore, avec son bagage d’ethnographe.

C’est ainsi qu’elle met à contribution ses camarades du camp de concentration pour recueillir toutes les informations utiles au déchiffrement du projet nazi. Ayant obtenu la confiance et l’amitié de ses camarades, allemandes, tchèques ou polonaises, elle leur parle d’autre chose que du pain et de la soupe. Ainsi, « la connaissance » devient un engagement salutaire et une évasion de l’esprit pour ces femmes qui constituent une élite d’intelligence et de courage.

Certaines déportées allemandes ou autrichiennes royalistes ou communistes étaient devenues les dactylos des SS et Germaine obtient qu’elles posent quelques questions bien ciblées à leurs bourreaux. Ainsi munie d’informations, Germaine commence à faire des petites conférences où elle explique ce qu’est ce système d’extermination par le travail.

Pendant son internement au camp, elle écrit sur un cahier soigneusement dissimulé, une opérette « Le Verfügbar aux Enfers » qui illustre la vie des déportées soumises aux corvées et brimades par refus de travail. Avec humour, elle y mêle des airs issus du répertoire lyrique ou populaire. Cette opérette sera mise en scène pour la première fois en 2007 au théâtre du Châtelet à Paris.

Simone échappe au convoi de la mort vers le camp de Mauthausen, grâce à la complicité de camarades et par la poussée inattendue d’une dent de sagesse ayant provoqué une septicémie et son affectation à l’hôpital du Revier.

Sa mère, résistante comme elle, disparaît pendant ce séjour. Elle sera déportée et gazée.

Placée en centre de soins à Göteborg en Suède, Simone interroge, avec les mêmes questions, trois cents femmes pour savoir si l’une d’elles a vu sa mère. C’est ainsi qu’à son retour en France en juillet 1945, elle dispose d’une solide base d’informations. Elle obtient du CNRS d’être détachée de l’ethnographie pour enquêter sur les crimes nazis et aussi sur les camps de concentration soviétiques, entre 1945 et 1954.

Elle commence à écrire « Ravensbrück » dès son arrivée en Suède et continue l’année suivante, en revenant du procès de Hambourg où sont jugés les responsables du camp. Parmi ces criminels, qu’elle voit de près, elle constate avec un mélange d’horreur et de compassion qu’il y a de véritables monstres, mais aussi des victimes du régime nazi.

 

 Les évènements m’ont interdit de m’apitoyer sur mon sort. 

C’est ce quelle pense quand le professeur Massignon l’envoie en mission dans l’Aurès, en novembre 1954. C’est la guerre d’Algérie. Jacques Soustelle, gouverneur de l’Algérie lui propose de s’occuper de l’instruction publique en Algérie. Mise à disposition du CNRS, pour un an, elle y encourage la création de Centres sociaux qui visent à remonter le niveau de vie des familles et à faire instruire tous les enfants, filles et garçons.

En 1957, elle enquête sur la torture en Algérie et participe à des actions afin de tenter de mettre fin à la spirale des exécutions capitales et des attentats aveugles.

En France, en 1959, Simone soutient l’enseignement dans les prisons, toujours selon sa conviction que la connaissance est la voie de la liberté.

Après la guerre d’Algérie, elle s’engage dans divers combats politiques contre :

-         La clochardisation du peuple algérien,

-         La torture en Algérie

-         L’émancipation des femmes de Méditerranée, qui doivent par obligation économique avoir beaucoup d’enfants et aussi privilégier les fils sur les filles.

Devenue directrice d’études à l’Ecole pratique des hautes études, elle réalise une vingtaine de missions scientifiques en Afrique du Nord et au Moyen-Orient.

Ainsi, de 1956 à 1964, elle fait des voyages d’études sur les populations méditerranéennes, en Tunisie, Mauritanie, Egypte, Pakistan, Inde, Iran, Irak, Liban, Syrie…

De 1964 à 1966, elle mène deux missions chez les Touareg et les Maures et publie « Le Harem et les cousins » aux éditions du Seuil.

 

Si les populations ont assez d’espace de vie, elles fraternisent, sinon elles s’entretuent.

C’est ce que pense cette militante infatigable de la liberté, au terme d’une vie qui remplit un siècle. Elle  cherche encore à comprendre les évènements de son temps. Constatant que l’homme est fragile et malléable, que rien n’est jamais acquis, elle appelle au devoir absolu de vigilance pour éviter le pire.

En fin de parcours, tout en regardant la mer depuis son coin de Morbihan, elle considère que si elle n’a jamais tourné le dos, c’est peut-être par son attachement à la charité du Christ qui reste absolument incomparable.

Si je me demande ce qu’est le mal, je pense aujourd’hui à la cruauté nazie. Et je hais cruellement la cruauté.

 


(
Logiciel AUREAS AstroPC Paris)


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