les Actus DN
en collaboration avec la FDAF - www.fdaf.org

 

accueilindex alphabétiquepar thèmesles dossiers

 

Grand baroudeur du 19e siècle, pionnier de la conquête des Pyrénées et explorateur étonnant, cet aristocrate met sa fortune personnelle au service de ses passions de voyageur et montagnard précurseur.

télécharger cet article

 

Henry RUSSELL

Né Henry Patrice Marie RUSSEL le 14 février 1834 à 4h du matin à Toulouse Haute-Garonne 31
Selon acte n°276 – Archives de Toulouse en ligne – 1 E 322 – vue 36

 Décédé le 5 février 1909 à Biarritz Pyrénées-Atlantiques 64

 

 

Grand voyageur à travers le monde avant d’être pyrénéiste passionné

A son actif, une trentaine de premières dont la première hivernale d’Europe

Il fait creuser 7 grottes dont la Villa Russel inaugurée en 1882

Ce pyrénéiste passera au total 147 nuits dans ses grottes

Les sommets pyrénéens lui inspirent quelques citations de sage

Hélas, je ne le sens que trop, je ne suis pas comme tout le monde…

 

 

Grand voyageur à travers le monde avant d’être pyrénéiste passionné

Né de l’union d’un gentilhomme irlandais Thomas Russell à une Française, Dame Ferdinande de Grossolès de Flamarens, ce comte en hérite sans doute le goût des voyages, de l’aventure, et aussi un train de vie qui lui permet de se consacrer à ses passions.

Dès l’âge de 23 ans, ce précurseur à l’âme indépendante veut aller découvrir le monde et entreprend son premier voyage lointain en Amérique du Nord.

L’année suivante en 1858, il ascensionne à partir de Barèges, le pic de Néouvielle, le pic d’Ardiden et trois fois le Mont Perdu.

Il a 25 ans quand il se lance dans son second périple lointain qui le mène à Saint-Pétersbourg, Moscou, Irkoutsk, Pékin. Par deux fois, entre Chine et Mongolie, il traverse le désert de Gobi, puis en Sibérie, descend le fleuve Amour… Il découvre Shangaï, Hong-Kong puis l’Australie et la Nouvelle-Zélande. Après une année passée en Inde, il revient par le Caire et Constantinople.

Après ces  trois années de pérégrinations aventureuses, il se voue à explorer les Pyrénées qui deviendront chères à son cœur. Le Vignemale, ce massif qui culmine à 3.298m sera sa montagne fétiche puisqu’il va la gravir 33 fois jusqu’à sa dernière ascension le 8 août 1904.

Jules Verne s’inspire de la vie de cet excentrique pour écrire Le Tour du Monde en 80 jours.

En 1864, il contribue à fonder la première société de montagnards : la société Ramond.

 
Le comte Henry Russell est au premier plan.

 

A son actif, une trentaine de premières dont la première hivernale d’Europe

A l’actif du comte Russell figure une trentaine de premières, seul ou avec des guides, dont en 1869, la première grande ascension hivernale d’Europe au Vignemale avec le guide Laurent Passet.

Du haut de cette cathédrale céleste, je voyais sous mes pieds la chaîne des Pyrénées gelée d’un bout à l’autre. J’étais au centre d’un paradis de neige. Mon enthousiasme touchait à la folie.

Voilà ce que lui inspire cette première hivernale.

Sa fortune personnelle et les rentes de ses placements bancaires lui permettent d’assouvir sa passion de voyageur puis de pyrénéiste.

Vues de notre 21e siècle, ces épopées montagnardes semblent incroyables : les cartes sont inexistantes, les sentiers mal tracés ; on ignore l’usage des crampons, des raquettes, du piton, du mousqueton, de l’échelle, de la broche à glace et du piolet.

Il faut se représenter notre comte en redingote, chaussures et chapeau de ville, équipé du seul bâton de berger à embout ferré, qui chevauche avec optimisme et enthousiasme les crêtes. Agile et endurant, fort de son moral d’acier, il crapahute d’un versant à l’autre à la seule force du mollet, muni de quelques provisions et d’une flasque d’eau-de-vie.

Le bivouac nocturne au-dessus des 3.000m se fait dans une grotte naturelle ou sous un rocher, au mieux avec un sac de couchage en peaux d’agneau cousues.


Le comte dans son fameux sac en peau d’agneau.

http://www.korpa.fr/russell/galeriephotorussell.html

 

Il fait creuser 7 grottes dont la Villa Russel inaugurée en 1882

Afin d’offrir un abri nocturne plus confortable que le bivouac en plein-air aux audacieux montagnards et villégiateurs de sa trempe, il a l’idée de faire creuser des grottes.

Ecologiste avant l’heure, il se refuse à toute autre construction inesthétique et malvenue dans ce temple vierge de la nature authentique. Il ne veut pas ériger de maison qui défigure la montagne, attire les foules qui profanent tout.

Il fait creuser sa première grotte sur les flancs du Cerbillona en haut du glacier d’Ossoue à 3205 m d’altitude. Russell qui monte régulièrement surveiller les travaux en est réduit à bivouaquer sur le col de Cerbillona.

Les ouvriers ont même dû installer sur place une forge pour retravailler les outils qui s’émoussent vite.

Inaugurée le 1er août 1882, cette grotte sera nommée Villa Russel, avec une entrée maçonnée et fermée par une porte en fer peinte au minium.

Deux ans plus tard en août 1884, la grotte et l’ensemble du massif du Vignemale sont bénis par le Père Carrère. Trois messes sont dites, en présence de prêtres, touristes, personnalités diverses, guides et porteurs montés pour l’occasion.

Progressivement aménagée, elle est même équipée d’un poêle.

 

Ce pyrénéiste passera au total 147 nuits dans ses grottes

Selon ce principe, il fait creuser sept grottes de 1881 à 1893, celle des Guides en 1885, celle des Dames en 1886, la plus aimable, la plus gracieuse et la plus chaude.

Si le confort de ces grottes y est rustique, l’accueil de Russell est généreux pour amis et visiteurs.

Puis suivront les grottes de Bellevue et la grotte du Paradis.

Au fil du temps les grottes Russell perdent leur entrée maçonnée et subissent des infiltrations d’eau ; elles servent aujourd’hui plus souvent de dépotoir, voire de latrines.

 


Henry Russell devant une de ses grottes Bellevue.

 

Le Massif du Vignemale devient si familier à notre aristocrate qu’il en demande la concession au préfet des Hautes-Pyrénées pour 200 ha entre 2 300 et 3 300 m. La location annuelle, fixée à 1 franc sur 99 ans, débute en janvier 1889.

Un des grands sommets pyrénéens qu’il a gravi pour la première fois en 1865 dans le massif de la Maladeta portera son nom : le pic Russell à 3 205 m.


Vignemale du Refuge des Oulettes de Gaube (en Juillet 2005)
https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Vignemale-2005.jpg4

A vivre au cœur de cette nature entre abîmes et silence des espaces infinis où Dieu semble proche, Henry Russel s’est forgé une philosophie de sage. 

Il semble vouloir dépasser l’exercice physique pour une religion cosmique sur des sommets sanctuaires qui sont épreuves et spectacles pour âmes fortes en quête de sublime.

 

Les sommets pyrénéens lui inspirent quelques citations de sage
(Souvenirs d’un montagnard)

L’alpinisme, à mes yeux, est presque aussi sérieux que la philosophie ou la théologie. C'est une éducation morale autant que musculaire. C'est une espèce de religion.

Il suffit souvent de se croire fort pour le devenir. La confiance est une force. (Souvenirs d’un montagnard)

N’oublions pas qu’on est ce qu’on veut être. (Souvenirs d’un montagnard)

On n’admire pas assez les nuages, et c'est peut-être pour cela qu’ils voyagent tant, l’indifférence des hommes les rend volages. (Souvenirs d’un montagnard)

On est plus brave dans les montagnes quand on est seul. C'est un bonheur d’être deux, c'est une leçon d’être seul. (Souvenirs d’un montagnard)

 

Sources documentaires :
http://www.korpa.fr/russell/
https://fr.wikipedia.org/wiki/Grottes_Russell
https://fr.wikipedia.org/wiki/Henry_Russell

 

 

Hélas, je ne le sens que trop, je ne suis pas comme tout le monde…

Cette pensée du comte Russell est inspirée tout droit de sa nature Verseau, qui se sent souvent « canard dans la couvée de poussins ».

Par le Sagittaire, il se fait Prométhée des grands voyages à travers le monde pour rencontrer le monde, mais en toute indépendance, à son idée. Nanti d’une bonne fortune, il a tout le talent pour se débrouiller seul et être autonome quoi qu’il arrive.

Conquérir les Pyrénées avec une ardeur infatigable est le lot de ce bâtisseur marcheur, optimiste de nature. Tenter le risque et le danger l’attire aussi, mais chance et réussite lui sourient.

En humaniste convaincu, il y réinvente l’art de l’autonomie qui fait la grandeur de l’homme ancestral au cœur d’une nature vierge et proche du divin.

Influencé par le Taureau possessif, cet aristocrate se sent comme sur ses terres dans le massif du Vignemale au point qu’il en obtient la location de 200 ha pour 99 ans !

Le comte Russell, est un bel exemple de ce que permet la nature avant-gardiste du Verseau mêlée à l’idéalisme du Sagittaire voyageur.

 

 


(
Logiciel AUREAS AstroPC Paris)

 

 


Retrouvez l'acte sur les Archives Départementales Françaises en ligne

haut de page