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Une belle âme qui incarne l’Espérance en la nature humaine et la force du pardon !
Résistante déportée, elle fait grâcier son bourreau.

 

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Noëlla ROUGET
Née Noëla Georgette Marie PEAUDEAU

Le 25 décembre 1919 à 23h à Saumur Maine-et-Loire 49
Selon acte n°206 aimablement transmis par les Archives municipales de Saumur

 Décédée le 22 novembre 2020 à Genève Suisse

 


Archives Noëlla Rouget en 1942/1943, carte d'ancienne combattante

 

Une vie hors du commun au nom de ses convictions humanistes

Résister est évidence pour cette femme informée de l’appel du 18 juin 1940

Déportée avec 1000 camarades, elle devient le n°27240

La mort de Vasseur ne fera jamais le poids face aux souffrances de centaines de déportés

Se met à témoigner face à la montée du négationnisme

Elle choisit l’harmonie du pardon plutôt que l’enfer de la haine

 

 

Une vie hors du commun au nom de ses convictions humanistes

Le décès de cette centenaire met en lumière la vie hors du commun de cette Résistante, fervente croyante, qui fait grâcier celui qui la fait déporter et fait arrêter son fiancé Adrien Tigeot qui sera torturé et fusillé en 1943.

Devenue militante pour la liberté et contre l’esprit de haine et de vengeance, elle mène ces combats jusqu’à sa mort le 22 novembre 2020.

A cette occasion, le président de la République, Emmanuel Macron, « salue une partisane de la liberté qui donna aux valeurs de fraternité et de pardon leur incarnation la plus haute » et « adresse à sa famille et ses proches ses condoléances émues ».

Née dans une famille catholique pratiquante, d’un père forgeron et d’une mère couturière, elle est institutrice quand la France est envahie en 1940.

 


Noëlla en uniforme de Guide (scoutisme) en 1934. Collection personnelle de Noëlla Rouget - Wikipédia

 

Résister est une évidence pour cette femme informée de l’appel du 18 juin 1940

C’est par un tract que cette ancienne cheftaine scoute prend connaissance de l’appel du général de Gaulle du 18 juin 1940 invitant les Français à résister à l’ennemi.

Rebelle à l’ordre nouveau qui s’instaure sous l’Occupation nazie, elle se met à distribuer tracts et journaux clandestins qu’elle transporte dans les sacoches de son vélo.

Très vite elle fait transiter des messages, des colis et même des armes pour le mouvement gaulliste Honneur et Patrie, ainsi que pour un réseau d’espionnage britannique.

Militante active pour la libération de son pays, elle tombe amoureuse d’un autre résistant, l’instituteur Adrien Tigeot.

On est en juin 1943 et le couple vient de fixer la date de son mariage. Mais ce beau projet va tourner court dans l’horreur de la guerre. Dénoncés et arrêtés par la Gestapo, Noëlla connaît l’enfer des déportés au camp de Ravensbrück et Adrien est torturé et fusillé.

Après la guerre, Noëlla trouve la lettre dans laquelle Adrien condamné à mort lui demande « de vivre, de l’oublier et d’aimer ».

 

Déportée avec 1000 camarades, elle devient le n°27240

Déportée avec près de mille camarades, Noëlla arrive le 2 février 1944 au camp de Ravensbrück. Dès lors, elle devient le n°27240 et rejoint le block 27.

Affectée à d’épuisants travaux, elle échappe par deux fois au moins, à la chambre à gaz grâce à la solidarité de ses camarades. Elle se lie d’amitié avec plusieurs déportées dont Geneviève de Gaulle, Germaine Tillion, Denise Vernay née Jacob (sœur de Simone Veil).

 


Carte de rapatriée de Noëlla Rouget – avril 1945

 

Libérée le 5 avril 1945, le transfert de déportées se termine le 14 avril à la gare de Lyon où l’on voit le général de Gaulle présent sur le quai, écraser une larme.

Noëlla retrouve ses parents et son frère le 16 avril. Elle pèse 32 kilos, souffre d’œdème tuberculeux et n’a plus de maison.

Conviée par Geneviève de Gaulle à une convalescence en Suisse, elle s’y installe avec d’autres compagnes dans des maisons d’accueil mises en place par l’Association nationale des anciennes Déportées et Internées de la Résistance (ADIR).

C’est là qu’elle rencontre son futur mari André Rouget, un pacifiste très engagé notamment au sein du Service civil international. Deux fils, Patrick et François naissent de cette union.

 

La mort de Vasseur ne fera jamais le poids face aux souffrances de centaines de déportés

Hormis avec ses camarades de l’ADIR, Noëlla comme nombre de déporté(e)s, conserve le silence sur sa déportation, jusqu’en 1965 où elle est amenée à témoigner devant la Cour de Sûreté de l’État lors du procès de Jacques Vasseur considéré comme le chef de la Gestapo française d’Angers.

Pour Noëlla la mort de Vasseur ne fera jamais le poids face aux souffrances des 310 personnes qu’il a déportées.

Vasseur est condamné à la peine capitale. Noëlla, opposée à la peine de mort et contre l’avis des autres résistants, fait appel à la grâce présidentielle que de Gaulle accorde.

Ainsi la peine de son bourreau Vasseur est commuée en peine de prison.

Noëlla se met alors à entretenir des échanges épistolaires avec Jacques Vasseur, en vue d’obtenir sa repentance qui ne viendra jamais.

Malgré tout, Noëlla continue jusqu’à sa mort de croire en la nature humaine.

 


Noëlla Rouget, Déléguée pour la Suisse de l’Association nationale des anciennes déportées et internées de la Résistance lors de la cérémonie du 8 mai 2013 à Genève.

 

Se met à témoigner face à la montée du négationnisme

Dans les années 1980, devant la montée du négationnisme, Noëlla sort de son silence et se met à témoigner, notamment dans les écoles et les paroisses.

Ainsi lors d’une rencontre avec des élèves de l’École internationale de Genève en 2013, Noëlla Rouget a ces mots :

Quand je vous parle des souffrances que nous avons vécues à Ravensbrück, je parle pour prêcher la vigilance auprès des jeunes générations car si Auschwitz a été possible, Auschwitz est possible tant que règne dans le monde la haine de l'autre, le racisme et la haine.

Pendant de nombreuses années, tous les 8 mai devant le Consulat de France à Genève, elle exprime avec talent ses convictions humanistes.

 

Lien vers interview de Noëlla Rouget :

https://www.francetvinfo.fr/culture/patrimoine/histoire/temoignage-noella-rouget-la-deportee-qui-a-fait-gracier-son-bourreau_3631959.html

 

 

Elle choisit l’harmonie du pardon plutôt que l’enfer de la haine

Entre Capricorne, Vierge et Sagittaire, le tempérament de Noëlla prend toute sa force pour servir un haut idéal humaniste avec une inflexible persévérance.

Femme de conviction nourrie au terreau de son humanisme naturel et de sa foi catholique, elle porte en elle le besoin de créer des liens, d’être l’intermédiaire pour tout ce qui sert la liberté, le respect de la vie et l’indépendance humaine.

C’est pourquoi elle s’engage sans hésiter aux côtés des Résistants.

L’influence forte de la Balance lui donne la ferveur pour agir en faveur de la paix, de l’équité, au nom d’un haut idéal spirituel pour l’amour et au service de l’humain.

C’est pourquoi elle choisit l’harmonie du pardon plutôt que l’enfer de la haine quand elle demande en toute conscience de sauver la tête de son bourreau.

Femme d’avant-garde marquée par le Verseau, son témoignage éclairé par l’esprit de paix et de pardon demeure d’actualité à toute époque.

 

Hommage à cette grande dame de la Résistance !

Que son témoignage humaniste éclaire notre 21e siècle !

 

Un grand merci à Marc Brun de m’avoir signalé cette humaniste exemplaire.

 

 


(
Logiciel AUREAS AstroPC Paris)

 

Retrouvez l'acte sur les Archives Départementales Françaises en ligne

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