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Quand le bâtiment va tout va !
On doit cette phrase au plus célèbre des maçons de la Creuse. Entré en politique en 1848, ce républicain se fait l’ardent défenseur de sa profession et devient député dévoué à la cause ouvrière.

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Martin NADAUD
Né Martin Antoine NADAUX

Le 17 novembre 1815 à Six heures du matin à Soubrebost Creuse 23
Selon AD23 en ligne

Décédé le 28 décembre 1898 à Soubrebost Creuse 23

 

 

« Vous le savez, à Paris, lorsque le bâtiment va, tout profite de son activité. »

Quand le 7 mai 1850 Martin Nadaud prononce cette phrase, il est à la tribune de la Chambre des Députés, lui, l’ancien maçon creusois, devenu député de la Creuse. De ces mots de bon sens, naît le fameux dicton simplifié : Quand le bâtiment va, tout va !

Ouvrier maçon sur les chantiers parisiens pendant près de 20 ans, il devient une référence pour des générations d’ouvriers.  Son parcours extraordinaire parle encore à notre 21e siècle.

 

Bravant l’avis familial, son père impose que Martin sache lire, écrire et compter.

Seul garçon d’une fratrie de trois enfants, Martin connaît l’enfance rude d’un fils de paysan, qui doit garder les moutons et travailler aux champs dès son plus jeune âge.

L’exploitation agricole est trop petite et la terre trop maigre pour nourrir la maisonnée. C’est pourquoi, chaque année à la morte saison, son père Léonard s’en va faire le maçon à Paris.

Léonard, convaincu de l’importance de l’instruction, impose que Martin étudie pour lire et écrire. Ce n’est pas une mince affaire dans la France rurale de ce début de 19e siècle, où aucune loi encore n’impose l’école et l’obligation d’y envoyer les enfants.

Voici comment Martin évoque ce moment déterminant dans son ouvrage autobiographique : « Les Mémoires de Léonard » :

" (...) En face de notre table se trouvait le père Faucher, le marguillier de Pontarion, vieillard universellement respecté de tout le monde de nos environs, et qui buvait aussi chopine. Mon père savait que de temps en temps, il prenait des enfants chez lui, auxquels il enseignait l'alphabet et quelques notions d'écriture.

En me posant la main sur la tête mon père dit : " Voilà un petit gars que je vous enverrais si vous vouliez l'accepter. " La réponse fut affirmative. Jamais je n'oublierais alors le " tollé " que soulevèrent ces paroles, de la part de mon grand-père et de ma mère. La conversation s'engagea aussitôt sur l'utilité et sur la non utilité de l'envoi à l'école des enfants de la campagne.

Ma mère protesta avec la plus grande vigueur disant qu'elle avait besoin de moi pour aller aux champs. Mon grand-père fut de son avis ainsi que d'autres paysans qui ne tardèrent pas à prendre part à la conversation. Enfin tous prétendirent que pour des enfants de la campagne ce qu'ils pouvaient apprendre à l'école ne leur servirait pas à grand chose, sinon à faire quelques lettres et à porter le livre à la messe.

" Depuis ton retour de Paris, disait mon grand-père, tu n'as pas passé un jour sans nous entretenir ce que tu voulais faire de ton garçon ; tu aurais mieux fait de rester à Paris que de venir là nous parler de tes projets d'école. Ni mes frères, ni toi, ni moi, n'avons appris à connaître nos lettres et nous avons mangé du pain tout de même. " (...)

Néanmoins, la fermeté de caractère de mon père, son inébranlable volonté en toute chose eurent raison de l'opinion de son père et de ma mère. (...)

Je me rendais tous les matins à Pontarion après avoir ramené les brebis à l'étable ; je restais à peine deux heures, chez le vieux marguillier, et le soir je retournais aux champs. Pendant les mois de moissons, on me gardait tout à fait. Je passai l'année à apprendre l'alphabet et à épeler les syllabes.


Caricature de Martin Nadaud

 

Maçon instruit, devenu porte-parole des creusois de Paris, à 33 ans, il s’investit en politique

Arrivé à l’âge de 15 ans, comme beaucoup d’autres creusois, Martin part avec son père travailler sur les grands chantiers de construction parisiens, d’abord comme goujat puis comme maçon et chef d’atelier à 19 ans.

Depuis le 16e siècle, nombreux sont les hommes de la Creuse et du Limousin à quitter ainsi leur région pauvre pour migrer notamment vers Lyon ou Paris. Ils s’y font embaucher comme maçon, charpentier, couvreur, dans les grands chantiers du bâtiment et des travaux publics comme les travaux gigantesques conduits dans la capitale par le baron Haussmann.

C’est ainsi que la Creuse perd la moitié de ses habitants de 1850 à 1950, qui s’en vont bâtir ailleurs un impressionnant patrimoine !

Martin découvre les dures conditions de labeur de ses semblables avec des journées de 12 à 13 heures, travail dangereux sur les échafaudages, malnutrition, logement insalubre… Lui-même réchappe à plusieurs accidents de travail.

Une fois finie sa journée de travail de 13 heures, il fréquente des cours du soir pour parfaire ses connaissances. Puis, il s’inscrit dans une école payante pour améliorer son expression écrite.

Conscient de la nécessité d’œuvrer pour améliorer le sort des travailleurs, il intègre la Société des Droits de l’Homme, fréquente les réunions socialistes, s’intéresse à la doctrine du Communisme chrétien de Cabet.

Par la suite, il fréquente même l’école de médecine.

Sur les chantiers, il aime instruire ses compagnons de travail et milite dans le parti Républicain. Son entrée en politique se fait après la Révolution de 1848.

 


Station Martin Nadaud créée en 1902 et fermée en 1969

 

Député et ardent militant de la cause des maçons et du peuple ouvrier

Devenu président du club des Creusois à Paris, sa notoriété se développe. Populaire parmi les émigrés et à l’aise pour parler en public, il devient représentant des maçons au Conseil des Prud’hommes, délégué à la Commission du Luxembourg et candidat à l’Assemblée Constituante de 1848, en ce début de la Seconde République.

Marié à Jeanne en 1839, sa fille unique est confiée à son père Léonard quand Martin devient veuf en 1851.

Elu député montagnard de la Creuse en 1849, il est jeté en prison en 1852, après la prise de pouvoir du futur Napoléon III. Banni, il s’exile en Belgique puis en Angleterre pendant 18 ans. Pour vivre, il y exerce son premier métier de maçon et apprend l’anglais. En 1855, il devient professeur de français à Wimbledon.

C’est lors de son exil en Angleterre qu’il est initié à la franc-maçonnerie qu’il développera par la suite dans son département natal.

Revenu en France au début de la guerre de 1870, il est nommé préfet de la Creuse par Gambetta. Elu Conseiller Municipal de Paris en 1871 (quartier du Père-Lachaise), il relance l’activité du bâtiment, s’occupe des conditions d’hygiène des Parisiens, se mobilise sur le sort des ouvriers et suit le projet de construction du métro de la capitale.

A nouveau, élu député Républicain de la Creuse en 1876, il conserve ce mandat pendant 13 ans, jusqu’en 1889, avec la fonction de questeur.

Sous la IIIe République le gouvernement Ferry promulgue la loi dite de « réparation nationale » (30 juillet 1881) qui alloue pension ou rente aux citoyens français victimes du coup d’Etat du 2 décembre 1851. Martin Nadaud fait partie de la Commission chargée d’examiner ces dossiers.

Connaissant mieux que quiconque la vie ouvrière, tout au long de son mandat de député, il prône l’instauration de l’enseignement technique, la mise en place de retraites ouvrières, une protection contre les accidents de travail, avec reconnaissance de la responsabilité de l’employeur (loi de 1898). Il réclame l’amnistie des communards et milite pour un enseignement laïc dans chaque département, en soutien à la loi Ferry du 28 mars 1882 sur l’Instruction Publique.

Après son échec aux sénatoriales de 1894, il consacre sa vie à l’écriture avant de décéder dans son village natal en 1898.

 

Place Martin Nadaud à Paris 20e

 

 

 

Et sur Youtube, découvrez cette chanson traditionnelle
crée par Jean Petit sur les Maçons de la Creuse
interprétée par les Troubadours des Bruyères
(cliquer sur l'image pour accéder à la vidéo)


 

 

Merci à Marie-Edith et à Jacques de m’avoir mis sur la piste de cet homme admirable.

 

 

Retrouvez l'acte sur les Archives Départementales Françaises en ligne

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