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Ingénieur devenu auteur, compositeur, interprète, puis couturier d’avant-garde, ses collections pleines de fantaisie et de couleur lui apportent une notoriété internationale.

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Jacques ESTEREL

(Charles Henri MARTIN dit)

Né le 5 juin 1917 à Bourg-Argental Loire 42
Source acte état-civil n° 13

Décédé le 14 avril 1974 à Saint-Cloud Hauts-de-Seine 92

 

     

D’abord ingénieur puis artiste du show business, chanson et théâtre…

Fils d’un petit industriel en soierie, et sorti de l’Ecole nationale d’ingénieurs des Arts et Métiers de Cluny, on n’imagine guère que ce jeune homme va embrasser une carrière trépidante, pleine d’imprévus et faites de mille et une nouveautés à la pointe du spectacle et de la mode.

Tout jeune diplômé, il ouvre à Paris, une société dans le secteur des machines-outils. Parallèlement,  il est auteur-compositeur dans de nombreux cabarets réputés dont Le Lapin Agile et Bobino. Entre 1955 et 1960, il enregistre quelques disques et obtient l’Oscar de la Chanson Française en 1956.

De nombreux artistes, tels les Frères Jacques l’inscrivent à leur répertoire.

Il se fait aussi auteur de pièces de théâtre dont Le Mauvais œil qui devient grand prix de Paris Télévision.

 

Devenu couturier, sa robe vichy rose de B.B. lui donne une notoriété populaire

Il a 36 ans, quand ce bâtisseur intrépide et inspiré se lance dans la haute-couture. Dans sa boutique de mode de la rue Pierre-Charron, il présente ses collections dans un style inédit qui va faire mouche : mode, poésie et spectacles y sont associés et attirent des personnalités du spectacle et de la chanson telles que Michèle Morgan, Catherine Deneuve, Jean Seberg, Claudia Cardinale, Edith Piaf…

En 1957, Jacques Estérel crée « la nouvelle vague », en cette période d’après-guerre où l’on sent la frénésie des grandes mutations sociales. Ce style est incarné dans « La Parisienne », film de Michel Boisrond qui confie le rôle principal à Brigitte Bardot ou elle y incarne à merveille cet esprit parisien libre et provocateur. Estérel baigne tant dans le ton du moment que d’autres cinéastes tels que Pinoteau, Lautner, Molinaro, Tati sollicitent son concours.

En 1958, sa réputation est telle qu’il emménage faubourg Saint-Honoré et les journalistes de mode assistent pour la première fois à une « Présentation Spectacle » et les mannequins défilent sur un fond de musique de jazz.

Quand en 1959, Brigitte Bardot choisit chez Estérel pour son mariage avec Jacques Charrier, une robe de toile de vichy rose, ornée de broderie anglaise, c’est le tremplin d’une notoriété populaire pour le couturier. En effet, la jeune génération qui adore les chignons crêpés à la B.B., adopte avec engouement ses robes enjuponnées faites de tissu petit vichy.

 

Gestionnaire avisé et créateur prolifique de réputation internationale, il révolutionne le prêt à porter

La renommée internationale de ce génie créateur lui vient lors de tournées organisées pour le compte d’Air France et afin de valoriser le rayonnement français en Amérique Latine, Amérique du  Nord, Asie, Japon. Il lui faut dès lors agrandir les gammes, segmenter les marchés pour adopter une politique de marque avec concessions de licences aux quatre coins du monde.

En 1960, il est encore un précurseur quand il établit avec les Galeries Lafayette un partenariat : pont entre la Haute Couture et les grands magasins populaires. Les autres couturiers s’empressent alors d’en faire autant.

Jacques Estérel veut ainsi donner au plus grand nombre, le droit à l’élégance.

Il lance la ligne masculine Rastignac, si près du corps qu’il est impossible d’y glisser ses billets doux dans ses poches, d’après le slogan. Pour les hommes, il abandonne les tissus conventionnels pour préférer des tissus audacieux et inventer l’accessoire aussi moderne qu’indispensable : la sacoche masculine.

En 1961, Estérel se montre très audacieux quand il décide de présenter son mannequin vedette, le crâne rasé…

 

Séduit par son audace inventive, on le sollicite pour « habiller » :
le clergé français, les organisateurs de J.O., les hôtesses …

En 1962, comme il s’agit pour le clergé d’abandonner la soutane au profit du costume laïc, Jacques Estérel est sollicité par l’épiscopat français pour plancher sur une nouvelle tenue de clergyman. C’est ainsi que Mgr Veuillot qui soutient cette consigne révolutionnaire de Vatican II, recommande aux récalcitrants : Allez vous habiller en homme ! 

En 1964, ce sont les organisateurs des J.O. qui songent à Jacques Estérel pour habiller l’équipe féminine française participant aux jeux de Tokyo et quatre ans plus tard, il a encore le privilège d’habiller l’équipe féminine et masculine allant à Mexico.

Le couturier s’intéresse aux hôtesses qui, par leur tenue et leur présentation, sont l’emblème d’un métier. En précurseur au sens pratique avisé, il habille ainsi, entre autres, les infirmières de l’Assistance publique, les hôtesses de la Fédération du lin, du magazine Marie-France, du Tunnel du Mont Blanc, du Club Européen du tourisme, de la firme américaine Manpower…

Pendant un temps, le défilé de mode du couturier précède la prestation du chanteur Johnny Hallyday.

Entre humour et révolution vestimentaire, Estérel fait même défiler un mannequin homme en jupe-kilt lors du salon de l’habillement masculin à Paris.

Estérel, qui a du « nez » pour la mode vestimentaire, songe naturellement au parfum, accessoire naturel de la mode. Il lance « Brigand » une fragrance susceptible de séduire avec audace les plus pudiques.

Rien n’échappe à la vivacité créatrice d’Estérel qui installe, à l’étage de sa maison de couture, un coiffeur dont les clientes pourront bénéficier d’un défilé pendant leurs soins.

 

En 1967, le voilà encore audacieux précurseur qui lance, en premier, une étude sérieuse sur la tendance inéluctable due au rapprochement des sexes. C’est ainsi qu’il sort sa ligne unisexe « Négligé Snob », en jersey, le tissu de la plus grande liberté de mouvement chère au couturier, prouvant par là que le correct peut être souple, raffiné, à peine suggestif au regard.

En 1969, il est chargé par les compagnies Air Inter, Air India, Air Maroc, de renouveler le look de leurs hôtesses.

 

Ce couturier d’avant-garde attire de jeunes talents tels que Jean Paul Gaultier, Bernard Arnault…

Chez Estérel, le bureau de style fourmille d’idées et de talents, à l’image du couturier. C’est ainsi qu’on y croise notamment le prometteur Jean Paul Gaultier…

En 1970, le couturier développe l’habillement selon le concept de l’épanouissement total du couple, dans l’échange et non dans la tutelle, dans l’alliance et non dans la concurrence. Il présente donc une collection « unisexe » avec ensembles pantalons mais aussi des robes chemises pour hommes ! La virilité ne s'habille pas, mais s'exerce ! rétorquait-il à ses détracteurs.

En 1972, Nelson Rockfeller, gouverneur de l’état de New-York, lance le concept « Jacques Estérel French Villages » : espace de présentation de la gamme complète de la maison de couture, en mode et décoration. En ces lieux, outre les défilés, on peut assister à des conférences sur l’histoire de l’art français et même y apprendre le français !

Bernard Arnault, jeune polytechnicien choisit la maison Jacques Estérel pour sa période de formation de fin d’étude.

Jacques Estérel, boulimique d’activités, ancré frénétiquement dans la nouveauté du présent, s’implique tant dans tous les domaines qu’après avoir « brûlé la chandelle par les deux bouts », il décède subitement  d’une rupture d’anévrisme en 1974.

Il laisse le souvenir d’un patron très apprécié qui sait s’intéresser « aux grands malheurs et petits bonheurs » de son personnel. On raconte que face à une employée indélicate, il augmente son salaire estimant que son geste résulte d’un manque de considération de son D.R.H.

Il lègue à ses collaborateurs la marque à son nom implantée dans 25 pays, soutenue par 305 manufacturiers-licenciés et une quarantaine de brevets déposés.

 


(
Logiciel AUREAS AstroPC Paris)


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