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Roi du travesti, il passe 49 ans de sa vie habillé en homme
et 33 ans en femme.
Ecrivain, diplomate, agent secret, espion au service de Louis XV, le « chevalier D’éon » demeure un des personnages les plus énigmatiques de l’histoire tant on se demande s’il est homme ou femme.

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Le chevalier D’EON

Né Charles Geneviève Louis Auguste André Timothée d’Eon de Beaumont dit…

le 5 octobre 1728 à Tonnerre Yonne 89
source AD89 en ligne

Décédé le 21 mai 1810 à Londres G.B.

 

Fils de nobliau de province, il arrive dans l’entourage de Louis XV par ses talents d’écrivain

Son père est avocat au Parlement de Paris ayant fait fortune dans le commerce du vin comme directeur des domaines du roi et sa mère est fille d’un Commissaire Général des Guerres.

Charles D’Eon naît à Tonnerre où son père, nobliau de province est élu maire. Il y commence ses études et en 1743, les poursuit à Paris chez un oncle. Diplômé en droit civil et en droit canon, il s’inscrit comme avocat au Parlement de Paris le 22 août 1748. Il est excellent en équitation et en escrime et aussi en écriture, puisque son ouvrage « Considérations Historiques et Politiques » est remarqué et lui vaut d’être connu de l’entourage du roi Louis XV qui le nomme censeur royal pour l’Histoire et les Belles-Lettres.

 

Agent secret du roi, et chargé de délicates missions internationales, il aime se travestir

La légende raconte que déguisé en femme, il aurait subjugué Louis XV lors d’un bal. Recruté dans les services secrets du roi, « Secret du Roi », le cabinet noir du souverain, il est envoyé comme espion à la cour de Russie. La mission est délicate car il s’agit de contacter la tsarine Elisabeth et de gagner sa confiance, à l’insu de son entourage, afin de conclure un traité  d’alliance pour rétablir les relations diplomatiques entre la France et la Russie. D’Eon racontera plus tard, y avoir été « lectrice » de la tsarine sous le nom de Lia de Beaumont.

Charles D’Eon prend sans doute plaisir à se travestir à l’occasion des traditionnels bals costumés donnés à la cour russe, et sa corpulence menue lui permet de mystifier son monde.

Quand au retour, Charles D’Eon remet le texte du traité d’alliance au roi à Versailles, il a deux jours d’avance sur le courrier dépêché par la tsarine. Le souverain le récompense en lui donnant le brevet de Capitaine de dragons en 1760.

A son retour à Paris, on murmure que Charles, aux traits fins et délicats, au visage imberbe, fait une fille trop parfaite pour n’être qu’un travesti. Et comme on lui trouve des courbes avantageuses, on se demande s’il n’est pas réellement une femme, d’autant qu’on le dit sans appétit sexuel. D’ailleurs, comment un homme déguisé aurait-il pu abuser une femme alors que son rôle l’amenait à passer beaucoup de temps dans l’intimité de la tsarine ?

En Capitaine de dragons, il participe aux deux campagnes de la guerre de Sept ans où il est blessé. Il y montre tant de bravoure que les rumeurs cessent. Seul un homme peut ainsi mener des troupes au combat !

 

Décoré pour ses mérites diplomatiques, puis tombe en disgrâce

En 1762, il est dépêché à Londres comme secrétaire d’ambassade et agent secret. Il collabore à la rédaction du traité de paix de Paris signé avec l’Angleterre le 10 février 1763. Sa grande habileté diplomatique et la subtilisation des documents préparatoires au traité lui valent de recevoir la plus rare distinction de son temps : l’Ordre royal et militaire de Saint-Louis.

Parallèlement, il est chargé en tant qu’agent secret de préparer un plan d’invasion sur l’Angleterre et le Pays de Galles. Devenu un temps ambassadeur par intérim, il mène grand train et le ministre Choiseul ne veut plus régler les notes liées à cette vie fastueuse.

A l’arrivée du nouvel ambassadeur, D’éon entre en conflit avec lui. Chantages, reproches et procès s’en suivent et D’éon finit par entrer en disgrâce et en même temps dans l’oubli.

 


le chevalier D’Eon

 


Mlle D’Eon

 

 

 

Intrigués par cette « Française » les anglais parient gros sur son sexe

A cette époque, il déconcerte son entourage car il apparaît tantôt en homme, tantôt en femme, sans que les intrigues politiques l’exigent. Les londoniens sont si intrigués par cette « étrange française » que des paris s’engagent. Et pendant plus de vingt ans, de nombreux Anglais misent des sommes énormes sur le sexe de Charles Geneviève. En 1771, le montant total des mises atteint l’incroyable somme de 300 000 livres sterling !

Le chevalier-chevalière D’Eon se dit exaspéré mais se garde bien de donner des précisions à qui que ce soit. Pressé de clarifier sa situation par un envoyé du roi qui n’est autre que le dramaturge Beaumarchais, Charles Geneviève signe une proclamation appuyée par les constatations de plusieurs médecins. Il déclare être une femme. Nous sommes en 1774. Dès lors, sur ordre du roi, le chevalier D’Eon devient Mlle D’Eon. Et à ce titre, elle n’a plus accès à l’armée, aux affaires politiques et à la diplomatie.

Ne supportant pas cette inactivité, la jeune femme demande à Louis XV l’autorisation de se vêtir en homme. C’est un refus.

Puis quand le roi change, le chevalier D’Eon renouvelle sa requête à Louis XVI. En 1777, vêtu de son uniforme de capitaine des dragons, il se rend à Versailles supplier Louis XVI d’user à nouveau de sa personnalité masculine. Le souverain et ses ministres refusent avec défense de paraître dans le royaume sous d’autres habillements que ceux convenables aux femmes. C’est ainsi qu’aux frais de la reine, il se présente à la Cour en robe à panier et corset. Il devient la coqueluche de la capitale. Mais désirant participer à la guerre d’indépendance des Etats-Unis, il se rhabille en uniforme de dragons. Arrêté le 20 mars 1779, il est exilé à Tonnerre où il se résout à s’occuper de son domaine familial.

Charles quitte définitivement la scène politique et regagne Londres en 1785.

 

Le chevalier devenu lady londonienne se fait escrimeuse pour survivre

Pendant plus de trente ans, le chevalier D’Eon mène la vie londonienne d’une lady respectable, résignée et vieillissante, qui ne cherche plus à se vêtir en homme.

Mais, elle ne bénéficie plus de rente. Et pour survivre, elle pratique des duels en escrime et vend sa bibliothèque en mai 1791. Finalement, recueillie par une britannique de son âge, elle continue de se battre en escrime toujours en habits féminins jusqu’à l’âge de 68 ans. Elle s’y montre très agile malgré une forte corpulence.

La Révolution Française et l’exécution du roi ne changent rien à ses habitudes.

En 1804, elle est emprisonnée pour dettes. Libérée, elle devient grabataire suite à un accident vasculaire.

La vieille dame s’éteint à Londres dans la misère le 21 mai 1810, âgée de 83 ans.

Le chirurgien Copeland assisté de médecins de la faculté médicale de Grande-Bretagne viennent alors examiner son corps, et attestent dans le rapport médico-légal :

« Par la présente, je certifie que j'ai examiné et disséqué le corps du chevalier d'Éon en présence de M. Adair, de M. Wilson, du père Élysée et que j'ai trouvé sur ce corps les organes mâles de la génération parfaitement formés sous tous les rapports ».

 

Le chevalier D’Eon habillé en homme puis en femme est inhumé au cimetière de la paroisse Saint Pancrace, dans le comté de… Middlesex.


Portrait du chevalier d'Éon par Thomas Stewart (1792).

 

 


(
Logiciel AUREAS AstroPC Paris)


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