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Promoteur du canal de Suez puis du canal de Panama, deux projets les plus ambitieux de son temps, il est surnommé « le Grand Français », malgré l’énorme scandale de Panama.

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Ferdinand vicomte de LESSEPS

Né le 19 novembre 1805 (28 brumaire an XIV de la République) à 15h30 à Versailles Yvelines 78
Selon acte n°112 AD 78 en ligne

Décédé le 7 décembre 1894 à La Chesnaye près de Guilly Indre 36

 

 

Après la gloire du canal de Suez, la déroute financière du canal de Panama

Tout auréolé de la gloire d’avoir réussi, vingt ans plus tôt, le percement du canal de Suez en Egypte, Ferdinand de Lesseps est choisi en 1879 par le Congrès international d’études pour creuser le passage interocéanique de Panama.

Malgré ses 74 ans, le patriarche  se pique au jeu et son projet opte pour un canal sans écluse qui se révèlera une erreur.

C’est un défi considérable de tous points de vue, climatique, géologique, technique, humain... et aussi financier !

Dès le 16e siècle, les conquistadores espagnols songent à un passage entre la mer des Caraïbes et ce que Christophe Colomb croyait n’être qu’un grand lac (Pacifique). Au  milieu du 19e siècle, l’idée d’un raccourci maritime s’impose pour passer de l’Atlantique au Pacifique sans devoir contourner le continent par le sud.

Dès 1881, 278 techniciens français font le voyage de Panama. Formés aux meilleures écoles, ils sont confrontés à des conditions climatiques qu’ils ne soupçonnent pas. La compagnie doit recruter de la main d’œuvre pour excaver et terrasser dans une végétation inextricable et marécageuse.

A ces contraintes naturelles, s’ajoutent les maladies tropicales dont la malaria. Jusqu’à l’abandon des travaux en 1889, Rémi Carité, historien, estime le nombre de morts de 8 000 à 10 000, toutes races et professions confondues, dont Léon Boyer, directeur général des travaux du canal de Panama, qui décède de fièvre jaune en 1886.

Bientôt apparaît la nécessité de faire des écluses pour traverser cet isthme long de 77 km. Ce sera la partie la plus spectaculaire de l’ouvrage. Gustave Eiffel, qui vient de réussir la charpente métallique de la statue de la Liberté érigée par Bartholdi, s’apprête à se lancer dans ce nouveau défi, construire les écluses de Panama.

Le contrat entre de Lesseps et Eiffel est signé en 1887. La Tour, qui sera la gloire d’Eiffel lors de l’Exposition universelle de 1889, est alors en cours de construction.

Pour construire les écluses de Panama, Eiffel va empocher des sommes colossales qui lui permettront, à lui tout seul, de financer la Tour du Champ de Mars.

 

La faillite du canal de Panama, le plus grand scandale de la IIIe République

Pour financer son canal, dont il évalue la dépense à 600 millions de francs, Ferdinand de Lesseps fait appel aux économies des petits épargnants. Mais de 1880 à 1889, la compagnie du Panama engloutit 1,4 milliard de francs, obtenu par successifs appels à l’épargne pour combler un déficit qui se creuse sans cesse.

Dès 1885, les petits épargnants deviennent réticents et pour éviter la catastrophe, Lesseps sollicite l’aide du gouvernement et imagine un emprunt à lots. Mais pour ce système une loi est nécessaire. Pour ce faire, la Compagnie Universelle du canal transocéanique de Panama corrompt une centaine de députés et la loi autorisant l’emprunt à lots est promulguée le 9 juin 1888.

Mais il est trop tard. La compagnie est mise en liquidation dès le 4 février 1889. 85 000 souscripteurs, pour la plupart petits épargnants, sont ruinés. Les plaintes commencent à affluer mais le scandale éclate seulement en septembre 1892 quand le journal La Libre Parole révèle la corruption parlementaire à travers une série d’articles Les dessous de Panama.

En février 1893, quand tombe la condamnation à cinq ans de prison, le vieux Ferdinand de Lesseps âgé de 88 ans, est devenu sénile ; il ne se rendra pas compte de la sanction qui ne lui sera pas appliquée. A son décès l’année suivante, il est inhumé au Père Lachaise.

Sa statue trône sur la place de France à Panama.

Le célèbre canal est terminé par les Américains qui en sont propriétaires jusqu’au 31 décembre 1999, date à laquelle il est restitué au Panama.

 

Une ascendance dans la diplomatie

Chez les de Lesseps on est dans la carrière diplomatique depuis le 18e siècle

Mathieu de Lesseps est commissaire général aux Relations extérieures en Egypte, à la naissance de son fils Ferdinand. Il sera nommé comte par Napoléon 1er. Son épouse Catherine Degrivegnée est la tante de l’impératrice Eugénie, épouse de Napoléon III.

Un oncle de Ferdinand embarque sur le vaisseau l’Astrolabe avec La Pérouse qui lui demande d’apporter des documents à Versailles lors d’une escale. C’est ce qui lui épargnera la fin tragique de l’expédition en 1788.

Après ses études Ferdinand,  démarre une carrière diplomatique en tant que vice-consul à Tunis. D’ores et déjà, il montre des talents d’habile stratège, fin calculateur. Il est l’homme de projets à long terme, servi par une ambition froide et une détermination sans faille et à tous prix.

A 33 ans, il devient vice-consul à Alexandrie. De là et par ses relations, va naître le projet du Canal de Suez dans l’imagination de Ferdinand. En 1833, il est nommé consul au Caire puis à Alexandrie où il fait preuve d’une énergie imperturbable malgré l’épidémie de peste.

Après diverses affectations à Rotterdam, Malaga, il se retrouve à Barcelone où il fait montre d’un courage exemplaire en sauvant nombre de personnes lors d’un bombardement en 1842.

Ministre plénipotentiaire à Madrid en 1848 et 1849, il est chargé des négociations entre le Pape et la République romaine. Mais il est disgracié en raison d’initiatives trop personnelles qu’il prend dans cette affaire. Il démissionne et se retire au château de la Chesnaie.

Rappelé en Egypte après l’accession au pouvoir du vice-roi Saïd (1854), il crée, en dépit de l’opposition des Britanniques, la Compagnie universelle du Canal maritime de Suez après avoir obtenu la concession pour le monopole et la jouissance du canal pendant 99 ans.

Les travaux débutent en 1859. Tenu par ses convictions et soutenu par l’empereur Napoléon III et l’impératrice Eugénie, de Lesseps réunit la moitié du capital de 200 millions de francs par souscription, pour fonder la Compagnie.

Dans cette affaire, de Lesseps s’est entouré d’un vaste réseau de compétences, sinon de connivences, notamment dans la presse, qui lui seront toujours de la plus grande utilité.

Le canal est inauguré en 1869.

Situé en Egypte, long de 193,3km, large de 280m à 345m et profond de 22,5 m, il relie la ville portuaire de Port-Saïd sur la mer Méditerranée et la ville de Suez sur la mer Rouge

Le succès de cette entreprise ouvre à de Lesseps l’Académie des Sciences en 1873 et l’Académie française en 1884.

 


Demeure de Ferdinand de Lesseps à Ismaïlia près de Suez.

 

 


(
Logiciel AUREAS AstroPC Paris)

 


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