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« Michel-Ange de la caricature » au 19e siècle, il enchaîne satire du pouvoir et critique des mœurs bourgeoises. En peinture, ses scènes de la vie quotidienne ont une portée politique et sociale.

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Honoré DAUMIER
Honoré Victorin Daumier

Né le 26 février 1808 à 15h à Marseille 13 Bouches-du-Rhône
Selon acte n° 364 AD13 en ligne

 Décédé le 10 février 1879 à Valmondois 95 Val-d’Oise

 


Honoré Daumier par Nadar

 

Illustrateur prolifique il finit sa vie aveugle et dans la misère

Ses caricatures politiques lui apportent succès et… prison

Après la satire des mœurs bourgeoises il se fait peintre de la vie quotidienne

Admiré comme caricaturiste mais méconnu comme peintre

Humaniste et provocateur il laisse une œuvre d’avant-garde, référence pour la postérité

 

 

Illustrateur prolifique il finit sa vie aveugle et dans la misère

Un bon croquis vaut mieux qu’un long discours selon Napoléon Bonaparte. Cette maxime prend tout son sens à la vue des œuvres de Daumier qui par son génie du trait met en image les mœurs politiques et sociales de son temps.

Avec crayon et pinceau, il commente la vie sociale et politique de la France du 19e siècle. Dessinateur prolifique, ses caricatures lui confèrent une certaine célébrité mais la valeur de son œuvre peint, quelque 500 tableaux, n’est reconnue qu’à titre posthume.

C’est seulement en 1878 que la première exposition rétrospective de son œuvre est organisée. L’année suivante, il décède devenu aveugle dans les années 1870, et vivant chichement d’une pension de l’Etat, hébergé avec son épouse à Valmondois depuis 1865 grâce à la générosité du peintre Jean-Baptiste Corot.

L’écrivain Charles Baudelaire le reconnaît comme l’un des hommes les plus importants, je dirai pas seulement de la caricature, mais encore de l’art moderne. Et de nos jours, il figure parmi les plus grands peintres français du 19e siècle.

C’est parce que son père artisan vitrier, nanti d’aspirations littéraires, est monté en 1814 à Paris pour tenter la publication de ses poèmes, que le jeune Daumier et sa mère le rejoignent deux ans plus tard.

Dissuadé par son père d’embrasser la vie artistique qui l’attire tant, Honoré est d’abord placé chez un huissier. Mais il fréquente assidûment le Louvre.

Finalement à 15 ans, il entre dans un atelier de peinture de l’Île de la Cité puis débute dans la lithographie et produit dans l’anonymat des illustrations pour les éditeurs.

 

Ses caricatures politiques lui apportent succès et… prison

A 22 ans, il débute une carrière de caricaturiste politique pour la revue satirique La Caricature où ses portraits des politiciens de la Monarchie de Juillet lui attirent vite le succès.

Mais le roi Louis-Philippe Ier, connu pour son avarice et ses gros besoins financiers, ne goûte guère le sarcasme quand il voit la lithographie qui le représente en Gargantua avalant goulument les finances du peuple utilisées pour acheter des députés qui sortent comme des excréments sous le « trône » du monarque avant de filer au Palais-Bourbon, siège de la Chambre des députés.


Lithographie Gargantua par Honoré Daumier (parue dans La Caricature n°61 du 29 décembre 1831)

Cette caricature « mal digérée » par le pouvoir royal lui vaut, en 1832, six mois de prison et 500 francs d’amende, pour excitation à la haine et au mépris du gouvernement.

Déjà en 1831, Daumier avait fait publier Les Poires, dessin célèbre qui représentait la détérioration de la popularité de Louis-Philippe Ier.

 

Après la satire des mœurs bourgeoises il se fait peintre de la vie quotidienne

Sa carrière de caricaturiste politique s’interrompt en 1835 en même temps que la revue satirique La Caricature, quand sort la loi sur la censure de la presse dite aussi loi scélérate.

Cette année-là, il fait la connaissance du marchand d’art parisien, Adolphe Beugniet qui lui achète nombre de dessins. Il devient l’ami intime de Daumier avant de l’abandonner quand celui-ci, âgé et devenu aveugle, est au bord de la misère.

Privé de caricature politique, Daumier se consacre à la satire des mœurs bourgeoises, thème qu’il poursuit jusqu’en 1848. Alors, il privilégie plutôt sa carrière de peintre où il restitue des scènes de la vie quotidienne avec une portée souvent politique et sociale. Et c’est en 1849 qu’il expose ses premières peintures.

Honoré Daumier, muni de son crayon ou du pinceau, vit au cœur de son époque qu’il ausculte tout au long de sa carrière. En 71 ans de vie, il aura connu six régimes différents : l’Empire, la Restauration, la Monarchie de Juillet, la Seconde République, le Second Empire et la Troisième République et vécu trois épisodes révolutionnaires (les trois Glorieuses, les journées insurrectionnelles de 1848, la Commune de Paris).

Ses caricatures sociales publiées pour le Charivari montrent les travers de la société bourgeoise, des gens de finance, de justice, de théâtre… par la série vite populaire de Robert Macaire, personnage imaginaire, bandit affairiste qui illustre les dérives du  capitalisme bourgeois de la Monarchie de juillet.

En 1850, Daumier, de retour à la satire politique, crée Ratapoil : l’agent du Prince Président (nom que s’octroie Napoléon III après son coup d’Etat).


Illustration de Daumier pour Robert Macaire héros d’un mélodrame populaire

 

Admiré comme caricaturiste mais méconnu comme peintre

Admiré comme le plus grand caricaturiste de son époque, il reste pourtant méconnu comme peintre, sans doute en raison de l’audace de sa facture. « Reporter » de la réalité sociale, il élimine les détails et la description pour privilégier la « déformation expressive ». En cela, il est qualifié de précurseur de l’expressionisme par la liberté de son métier.

En outre, bourgeoisie et classes moyennes, ulcérées d’être ainsi ridiculisées par Daumier, refusent de voir en lui autre chose qu’un caricaturiste. Il est pourtant le premier grand artiste à commenter par l’art, le sort des opprimés en dénonçant les raisons de leurs misères matérielle et morale.

Devenu aveugle, il décède en 1879 et l’année suivante sa dépouille est transférée au cimetière du Père-Lachaise près de ses amis peintres Corot et d’Aubigny.

Même si une centaine de ses peintures sont perdues ou volées pendant la Seconde Guerre mondiale, son œuvre est considérable et représentée dans les plus grands musées d’art à travers le monde.

Daumier en chiffres

-          3.958 lithographies

-          Plus de 500 tableaux

-          1.000 gravures sur bois

-          38 sculptures reconnues de sa main

 

La promotion 2015 des conservateurs du patrimoine de l’Institut national du patrimoine, installée en janvier peu après les attentats de Charlie Hebdo, a pris le nom d’Honoré Daumier.

 


Crispin et Scapin par Honoré Daumier (vers 1864) Paris Musée d’Orsay

 

Sources documentaires :
http://expositions.bnf.fr/daumier/pedago/01.htm
https://fr.wikipedia.org/wiki/Honor%C3%A9_Daumier

 

 

Humaniste et provocateur il laisse une œuvre d’avant-garde, référence pour la postérité

En natif des Poissons éclairés par le Lion à l’œil de lynx, Honoré Daumier s’imprègnent abondamment de toutes les perceptions du monde qui l’entoure.

Puis, sa nature aussi clairvoyante que sarcastique guide son crayon ou son pinceau pour les traduire en images plus éloquentes qu’un discours.

Et aussi plus percutantes pour ses cibles que sont le pouvoir en place et la bourgeoisie. Louis-Philippe Ier ne s’y trompe pas et préfère « embastiller » ce trublion de la plume qui risque d’ébranler son trône en poussant le peuple à la révolte.

En ce 19e siècle, son message visuel, déchiffrable sans savoir lire, s’adresse à tout le petit peuple qui se sent soutenu et compris par ses descriptions. Daumier reçoit en retour popularité et reconnaissance.

Provocateur, hors normes et révolutionnaire, il a aussi l’âme foncièrement humaniste qui ne craint pas de remuer les eaux troubles, les bonnes consciences et les bien-pensants, pour soutenir les petites gens, les sans voix et indiquer une autre voie d’avenir.

Par un secteur VIII bien rempli, il œuvre pour la postérité et si sa notoriété reste en berne de son vivant avec ses peintures, rien d’étonnant.

Hommage à cet illustrateur devenu un caricaturiste de référence encore au 21e siècle.

 

 


(
Logiciel AUREAS AstroPC Paris)


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