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Grâce à ce savant botaniste hors pair, Jeanne Barret, devenue experte sur le sujet, est la 1ère femme à faire le tour du monde au 18e siècle.

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Philibert COMMERSON

Né le 18 novembre 1727 « sur le midy » à Châtillon-sur-Chalaronne Ain 01
Selon acte de baptême – AD01 en ligne – FRAD 001_EC LOT 25670 – Châtillon-sur-Chalaronne 1727 – vue 20/22

 Décédé le 13 mars 1773 à l’Île Maurice

 

 

Médecin sans malades, sa passion c’est la botanique !

Désespéré par son veuvage, il se jette dans ses explorations naturalistes

Appelé à Paris, il transforme sa vie et celle de « son valet » en destin

Commerson embarque avec son indispensable « valet » travesti en homme

1800 espèces végétales collectées et mises en herbier

42 genres et plus de 100 espèces sont dus à ce médecin naturaliste.

Scientifique humaniste il donne le meilleur de son art grâce à son assistante

 

 

Médecin sans malades, sa passion c’est la botanique !

Son père le voit notaire comme lui, mais à 21 ans Philibert part à Montpellier étudier la médecine dont le cursus consacre, à l’époque, une part importante à la botanique. Par principe, il aime surtout observer Dame Nature plutôt que subir des discours aussi creux que pompeux.

En effet, dès le collège grâce à un professeur, il s’adonne aux joies des sciences naturelles au plus près du terrain et dès lors il voue aux plantes une passion dévorante.

Devenu docteur en médecine en 1754, il exerce peu tant il se sent fait pour collecter et décrire les végétaux et non soigner les humains. 

Pour lui, la botanique permet de construire pas à pas, une image ordonnée du monde, vérifiable par l’observation de chacun et pouvant être organisée par la raison.

Le diplôme de médecin en poche… le voilà parti herboriser dans les Cévennes, en Savoie puis en Suisse. Au passage, il va à Ferney rendre visite à Voltaire qui lui propose de devenir son secrétaire. Trouvant à l’homme de lettres un air filou, il décline l’invitation et reprend ses pérégrinations d’herboriste.

Médecin sans client et herboriste vagabond, il vit encore au crochet de ses parents à 30 ans passés.

Toutefois, sa réputation de botaniste arrive aux oreilles du naturaliste suédois Carl Von Linné qui le charge de décrire plantes marines, poissons et coquillages de la Méditerranée. De ce voyage, il reste une belle collection de poissons à Stockhlom. Incité à publier un ouvrage sur le sujet, il refuse.

Commerson, toujours insatisfait de son travail, ne publiera jamais rien.

 

Désespéré par son veuvage, il se jette dans ses explorations naturalistes

Marié à 33 ans avec Antoinette Beau, fille de notaire, il s’installe médecin dans un village du Charollais. Leur union est heureuse mais brève car son épouse meurt en couches après la naissance de leur fils.

Douleur et désespoir le submergent. Il ne trouve d’apaisement qu’en se jetant comme un forcené dans son travail de naturaliste.

En ermite vagabond, il parcourt l’été Alpes et Pyrénées, en quête de plantes et d’insectes. Il vit de pain et de laitage qu'il achète à des bergers et couche dans leur cabane sur des feuillages.

Selon son beau-frère le curé François Beau :

Il passait souvent quinze et vingt jours de suite sans dormir et sans prendre un instant de repos pour étudier, observer et rédiger ; il se permettait à peine quelques instants pour prendre à la hâte des nourritures grossières, ne se nourrissant que de pain, de légumes et de fromages, pour donner plus de temps à sa passion pour les sciences.

 

Appelé à Paris, il transforme sa vie et celle de « son valet » en destin

Commerson est tiré de sa réclusion par l’astronome de Lalande, un ami bressan comme lui qui a réussi à Paris. Convaincu de monter dans la capitale, Commerson s’y installe près du Jardin du Roy (futur Jardin des Plantes). Il y fait venir sa gouvernante Jeanne Barret et place son fils auprès du curé Beau.

Au service de Commerson, Jeanne est son assistante ordonnée, méthodique et dévouée. Elle répertorie les documents, classe les végétaux et son aide devient indispensable au botaniste.

Le destin de Commerson s’accélère à Paris où il fréquente le gratin du monde scientifique. Nommé Médecin Naturaliste du Roy, on lui propose d’accompagner Bougainville dans son voyage autour du monde.

Il hésite et songe à décliner l’invitation :

Peut-être ferais-je mieux, écrit-il le 20 octobre 1766 à son beau-frère, de rester dans l'état d'heureuse médiocrité où je suis placé ? L'amour de l'étude et de la retraite, de concert avec un généreux mépris de tout ce que les hommes ambitionnent le plus, semblent devoir me retenir toujours…  Mais il n'en fait rien en raison dit-il d'une vive passion que j'ai toujours eue pour les choses grandes et difficiles.

Quelles sont ses craintes ?

Une santé précaire, le mal de mer et l’absence, sans doute, de sa précieuse gouvernante car naviguer reste affaire d’hommes en ce 18e siècle. Par ordre du Roi, la présence de toute femme sur un bateau de sa Majesté est interdite et entraîne sanction pour l’officier ou les membres d’équipage contrevenants.

Selon les instructions de Louis XV au Sieur de Bougainville en octobre 1766, l’expédition qui durera deux ans vise à restituer les îles Malouines aux Espagnols, chiner des terres intéressantes et passer le détroit de Magellan pour boucler un tour du monde - le 1er officiel lancé par la Marine royale-, avec deux navires l’Étoile et la Boudeuse.

 


Voyage autour du monde de Bougainville 1767-1768

 

Commerson embarque avec son indispensable « valet » travesti en homme

Les navires vont lever l’ancre et voilà que, juste avant le départ le 1er février 1767, Philibert Commerson enrôle à son service un valet de chambre gagé et nourri par le Roy, un certain Jean Baret.

Incommodé par le mal de mer et en mauvaise santé, Commerson obtient de loger avec son fidèle valet pour qu’il puisse lui porter secours de jour comme de nuit. Le botaniste et « son assistant » se voient attribuer la cabine que le capitaine du navire leur a cédée, à cause de la grande quantité de matériel emportée.

Outre les soins infirmiers et le ménage, le valet de chambre s’occupera aussi de gérer collections et papiers du savant.

Travestie en homme, cheveux coupés, vêtements amples, poitrine bandée, Jeanne vient ainsi d’embarquer incognito pour l’expédition scientifique.

Lors des escales, Commerson n’en finit pas de s’extasier de la générosité et de l’exubérance de la nature et avec son domestique s’active à explorer la flore tropicale et à herboriser à tout va. Baret fait une bonne part du travail pour soulager le savant qui souffre d’un ulcère à la jambe.

 


Exubérance de la flore tropicale brésilienne

 

1800 espèces végétales collectées et mises en herbier

Sa bête de fardeau écrira-t-il dans ses notes à propos de « son valet », véritable bras droit réputé fort et courageux qui transporte les fournitures, collecte plantes, pierres et coquillages, organise, catalogue ses spécimens et notes prises lors du voyage.

Ayant recueilli des spécimens d’une liane fleurie, Commerson et Baret les baptisent Bougainvillea en l’honneur du commandant de l’expédition qui reconnaîtra en cette femme une botaniste avertie.

Ainsi lors de leur séjour sud américain, les deux infatigables explorateurs collectent et mettent en herbier 1 800 espèces végétales.

Les savants modernes estiment que les compagnons de bord ont fini par découvrir que le valet du naturaliste est une femme. Ainsi, quand les navires font une longue escale à l’île Maurice (alors nommée Isle-de-France) – important comptoir français – Bougainville débarque Commerson et « son valet » accueillis par Pierre Poivre gouverneur de l’île et vieil ami du botaniste.

Il est probable que Bougainville ait arrangé ainsi l’affaire pour se libérer du problème de la présence illégale d’une femme dans son expédition.

 


https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Bougainvillea_glabra.JPG?uselang=fr

 

42 genres et plus de 100 espèces sont dus à ce médecin naturaliste.

Jeanne continue son rôle d’assistante et de gouvernante de Commerson et l’accompagne sans doute pour botaniser Madagascar et la Réunion (ex île Bourbon) en 1770-1772. Mais la santé du botaniste se dégrade et il meurt à 46 ans le 13 mars 1773.

Désormais seule et sans ressources, Jeanne ouvre un cabaret à Port-Louis et fait la connaissance d’un officier français périgourdin Jean Dubernat qu’elle épouse le 17 mai 1774.

Quand le couple rentre en France, Jeanne Barret devient bien la première femme à boucler le tour du monde. En naturaliste consciencieuse, elle rapporte les récoltes botaniques de Commerson destinées au Jardin du roi, soit 30 caisses, 5000 espèces dont 3000 décrites comme nouvelles.

Grâce à l’argent légué par Commerson, et récupéré non sans mal, le couple s’installe en Périgord où Dubernat s’établit forgeron.

Louis XVI, sensible aux mérites de cette aide-botaniste, lui attribue une pension.

On peut dire que Commerson a été féministe avant l’heure tant il a partagé ses connaissances de botaniste avec Jeanne Barret, en faisant fi des convenances et règlementations, il trouve la ruse pour l’associer à l’expédition de Bougainville autour du monde.

Qu’aurait été sa collecte à travers le monde de milliers d’espèces de plantes nouvelles, d’insectes, de poissons et d’oiseaux destinés au Jardin du Roi, sans son précieux « valet de chambre » ?

Sa mort à 45 ans ne lui laisse pas le temps de publier ses travaux.

L’aurait-il fait ? Sa passion de la recherche semble beaucoup plus forte que le besoin d’écrire pour la postérité.

 


Jardin du Roy en 1636

 

 

Scientifique humaniste il donne le meilleur de son art grâce à son assistante

Commerson pouvait-il faire autre chose que naturaliste ?

Autant homme de science qu’homme de la nature, il lui faut l’explorer sans cesse, avide qu’il est d’aller en quête de ses mystères fascinants, inépuisables…

Marqué par le Scorpion curieux, ingénieux, et par le Verseau humaniste et visionnaire, il aime faire à son idée et à contrecourant de son temps, mais toujours avec une avidité insatiable. Pour lui, le temps presse et la vie est courte !

Œuvrer au nom d’une science pour le bien du devenir humain est le fondement de son être. Il est partagé entre candeur idéaliste et lucidité rationnelle, entre goût de la solitude et sens de l’amitié. C’est par son ami d’enfance le savant Lalande qu’il trouve la notoriété à Paris et participe à l’expédition Bougainville commanditée par le Roi.

Indispensable à son entourage de travail, la femme lui est précieuse et Jeanne Barret est justement ce Lion qui lui apporte ordre, clarté, rigueur.

Outre cette naturelle complémentarité, ils partagent une même sensibilité envers Dame Nature et portent tous deux une énergie métamorphosante pour faire avancer les connaissances humaines.

Quand il décrit son hésitation à partir, tout est dit par ce solitaire dédaigneux des honneurs : «  rester médiocre » ou passer à la postérité. Mais son attirance pour les défis risqués et difficiles l’emporte.

Homme libre dans sa tête, il a l’audace d’emmener son indispensable gouvernante déguisée en garçon pour son tour du monde de naturaliste. Au nom de ce qui sert la science et pour le bien du devenir humain !

 

 


(
Logiciel AUREAS AstroPC Paris)

 

 


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