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Ecrivain, poète et traducteur, ce marginal est connu pour ses provocations, et se surnomme le « lycanthrope » (l’homme-loup). « L’inconnu, le plus célèbre, du romantisme ».

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Pétrus BOREL
(Joseph Pétrus Borel)

Né le 29 juin 1809 à « sept heures du soir » (19h) à Lyon (mairie unique)
Source acte n°1984 Archives Municipales de Lyon en ligne

Décédé le 17 juillet  1859 à Mostaganem Algérie

 

 

Le transport de l’obélisque égyptien lui inspire un pamphlet au vitriol en 1832 !

Alors qu’une expédition dirigée par l’ingénieur Appollinaire Lebas s’emploie, au prix de mille difficultés, à faire amener à Paris, l’obélisque égyptien, le poète Pétrus Borel publie en 1832 un véritable brûlot sur cette affaire.

Ceux qui participent à cette extraordinaire opération, considèrent que le monolithe va éterniser le souvenir de nos victoires en Egypte, dérobé par nos soins aux menaces du temps, il vient se naturaliser chez nous… pour un brevet d’immortalité…, sachant que l’Europe savante, seule, sait apprécier les monuments de l’Antiquité… l’obélisque fait ajouter un fleuron à la gloire nationale.

Pétrus Borel, insensible à ces grandioses envolées, a un tout autre avis et le fait savoir vigoureusement dans l’Obélisque de Louqsor (1832). A propos de la science qui, selon lui, dépouille et ravage, il s’adresse ainsi aux hommes de pouvoir :

Mon Dieu ! Quelle manie de prendre et de transporter ! Ne pouvez-vous donc laisser à chaque latitude, à chaque zone, sa gloire et ses ornements ? Ne pouvez-vous donc rien contempler sur une plage lointaine sans le convoiter et sans vouloir le soustraire ?

Il s’indigne des sommes considérables  dépensées pour l’importation de ce monolithe, tandis qu’on refuse à des jeunes et grands artistes un peu de marbre, un peu d’or.

A ses yeux, cette œuvre qui, ressemble à une borne dressée pour étonner le vulgaire par des bizarreries (hiéroglyphes) atteste que les dirigeants Français veulent imiter Rome « ville éternelle » et les Romains. Et si l’on tient tant à ces broches de pierre, il estime qu’on peut en fabriquer en France. Quant au roi Ramsès : pour moi, lui et sa grande borne sont fort peu de choses.

Voilà qui est dit crûment et sans manière.

C’est le cri du poète journaliste, Pétrus Borel, alors âgé de 23 ans, insurgé contre cette expédition.

Source doc : Le grand voyage de l’obélisque de Robert Solé éditions du Seuil

 

De l’architecture au dessin puis au journalisme… il est en quête d’une large notoriété publique

Pétrus Borel est le douzième des quatorze enfants de son père André, clincailler (quincailler) et de Magdeleine Garnaud. Même si son frère André Borel d’Hauterive s’attache à prouver qu’ils ont une ascendance noble, leur famille est pauvre.

Passionné de dessin, Pétrus apprend le métier d’architecte, mais ses goûts bizarres ont tôt fait d’effaroucher sa clientèle, moyennant quelque procès. En fait, il ne s’intéresse guère à l’architecture de son temps et nourrit une forte passion pour le Moyen-Âge, en ce premier tiers du 19e siècle.

Délaissant l’architecture, il s’adonne au dessin puis se rend compte qu’il n’est pas fait pour le dessin. Comme il a foi en son mérite personnel et un grand désir d’attirer à lui, le succès, la reconnaissance sociale et la popularité, il souhaite s’imposer auprès des grands hommes de son temps. Pour cela, il choisit la voie du journalisme en 1830.

Depuis 1829, il appartient à un groupe de bohème Le Petit Cénacle, qui réunit des écrivains comme Théophile Gautier, Gérard de Nerval… Il en devient l’âme.

On le qualifie de « figure noire du poète romantique ».

Vivant dans la misère, il ne mange pas tous les jours à sa faim, mais il versifie à cœur joie. Et pour se mettre en phase avec son caractère tourmenté, il se choisit l’adorable surnom de Lycanthrope : sorte de loup garou, être humain qui peut se transformer en partie ou totalement en loup.

A la demande de Victor Hugo, il assiste à la première de la pièce Hernani, le 25 février 1830.

Durant l’été 1831, il tente avec ses amis du Petit Cénacle, l’expérience naturiste du Camp des Tartares dans une maison de Montmartre. L’année suivante, il publie son premier recueil de vers intitulé Rhapsodies et d’autres œuvres.

En 1833, paraît une compilation de nouvelles très particulières, Champavert, Contes immoraux.

A partir de 1834, il vit avec une veuve, Marie-Antoinette Claye et ses enfants, avec qui il s’installe en 1840 dans une ferme à Asnières. Dans ce lieu, qu’il nomme joyeusement L’Auberge de l’Âne mort et de la Femme guillotinée, il reçoit de nombreux amis et peintres.

En 1836, sort sa traduction du Robinson Crusoé de Daniel Defoe (2 tomes), si admirable qu’elle est encore éditée aujourd’hui.

Il publie ses textes et poésies dans plusieurs revues. Il prend la direction de Satan en 1844, revue jusqu’alors dirigée par son frère Francisque et y publie de nombreux articles.

 

 

Embauché dans l’administration coloniale pour échapper à la misère de ses travaux de plume

Malgré un travail laborieux, il ne parvient pas à se sortir de la misère. C’est ainsi que sur conseils et grâce à l’appui d’amis influents, il consent à entrer dans l’administration coloniale, en 1845. Nommé inspecteur de la colonisation, il débarque en Algérie en janvier 1946 pour prendre les fonctions de secrétaire du maréchal Bugeaud. Quand ce dernier démissionne, il devient inspecteur de la colonisation à Mostaganem.

En 1847, il se marie avec Gabrielle, âgée de 19 ans, fille du premier mariage de sa maîtresse, Mme Claye. Cette dernière achète un terrain où, petit à petit, Borel bâtit une maison qu’il baptise pompeusement, le Castel de Haute-Pensée.

Pétrus Borel continue à publier des textes.

Destitué de ses fonctions en juin 1848, par le directeur général des affaires civiles d’Alger, il ne lui reste pour vivre que le produit de ses terres. Il parvient à obtenir sa réintégration et se retrouve chargé du pénitencier de Lambessa, alors en construction. Insistant auprès du ministre de la Guerre pour retrouver son ancien poste, il est muté à Mostaganem. On le nomme maire d’une nouvelle colonie agricole des environs. Là, il se révèle excellent administrateur mais victime des idées romantiques qui lui collent à la peau, il emploie les deniers publics et aussi les siens à sauver ses administrés de la faim et des fièvres.

Comme Borel rédige, en vers, une grande partie de ses rapports administratifs, cela lui attire les critiques du préfet d’Oran. Puis son esprit frondeur à l’égard de l’administration le conduit à être révoqué définitivement le 17 août 1855.

Au terme de ses multiples déboires, il s’installe sur ses terres comme simple colon. Et pour vivre, il doit s’épuiser aux travaux agricoles.

Un enfant lui naît le 14 avril 1857 Aldéran, André, Pétrus Bénoni. Mais il n’a pas le temps de le voir grandir car il meurt en 1859 d’une probable insolation.

 

Borel, idéaliste tourmenté, parvient enfin à la gloire… après sa mort.

Pétrus Borel, qualifié par certains de poète maudit, connaît une gloire posthume grâce aux surréalistes et à André Breton qui sortent de l’oubli des œuvres qui leur paraissent révolutionnaires.

Aujourd’hui, on le considère comme le symbole même du frénétisme, ce courant littéraire du 19e siècle. Cette tendance littéraire se manifeste par un désir d’absolu et une impossibilité de réaliser ce désir. Ce dilemme existentiel provoque une douleur qui s’exprime par une ironie féroce, un cynisme exacerbé, des sentiments portés au paroxysme.

 

 


(Logiciel AUREAS AstroPC Paris)

 

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