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Dossiers

La Bande à Bonnot

 


Préambule - L'histoire - Les membres de la bande - Louis LEPINE - Anatole DEIBLER


Les membres de la bande à Bonnot


 

MAITREJEAN Rirette née Anna ESTORGES

née le 14 août 1887 à 2 h du matin à Saint Mexant 19 Corrèze
selon acte n° 27

Décédée le 11 juin 1968 à Limeil-Brévannes (Val de Marne 94)

Retrouvez l'acte sur les Archives Départementales Françaises en ligne

 

Militante et propagandiste anarchiste individualiste, mêlée à l'affaire de la bande à Bonnot.

Née dans un milieu paysan, à 16 ans, elle perd son père et ne peut (faute d'argent) devenir institutrice. Refusant un mariage arrangé par sa mère, elle arrive à Paris en 1904. Elle y découvre la rude vie des couturières, mais prend des cours à la Sorbonne, puis dans "les Universités populaires" qui fleurissent alors (la première a été créée par l'anarchiste Georges Deherme). Elle en vient à fréquenter "Les Causeries populaires" animées par Libertad qui édite le journal « L’Anarchie » et se joint aux sorties champêtres organisées par les individualistes qui prônent l'amour libre. En 1906, elle donne naissance à deux filles Maud et Sarah et se marie avec le compagnon Louis Maîtrejean, sellier de profession. Il sera condamné en 1910 à 5 ans de prison pour fausse monnaie, mais avant cela, elle le quitte pour aller vivre à Champrosay, près de Draveil, avec le conférencier Maurice Vandamme dit Mauricus.. Le 30 juillet 1908, alors qu'elle prend part à une manifestation de solidarité avec les terrassiers, en grève depuis le 1er mai, le cortège est violemment chargé par un régiment de dragons qui n'hésite pas à tirer sur la foule, provoquant 4 morts et deux cents blessés, dont Rirette qui est sérieusement atteinte à une jambe.

Elle retourne s'installer à Paris, et assure quelques mois en 1909 (avec Mauricius) la direction du journal (après la mort de Libertad). Elle part en voyage pour la Tunisie avec Mauricius, mais atteinte d'une méningite à Rome, elle est contrainte de rentrer à Paris où elle va se lier avec Victor Kibaltchiche, arrivé de Belgique. En juillet 1911, avec lui, elle succède à Lorulot à la direction de "l'Anarchie" que ce dernier a installée à Romainville. Ils y retrouvent certains compagnons belges de Victor qui vivent en communauté, mais qui sont de plus en plus portés vers l'illégalisme.

Rirette et Victor ne pouvant plus payer le terme, reviennent s'installer à Paris, 24 rue Fessart, où ils poursuivent la publication du journal. C'est là qu'ils apprendront le braquage de la rue Ordener. Le 31 janvier 1912, ils sont perquisitionnés par la police, puis Victor est arrêté. Rirette subit plusieurs interrogatoires avant d'être à son tour placée en détention le 25 mars 1912 (pour un recel de revolvers), alors que la bande poursuit une escalade sanglante à Chantilly. En février 1913 elle est jugée dans le procès des survivants de la bande. Elle est acquittée mais Victor Kibaltchiche est condamné à 5 ans de prison.

Alors que son compagnon est emprisonné à Melun, elle obtient de se marier avec lui pour avoir le droit de lui écrire et de lui rendre visite. L’union est célébrée en prison, le 4 août 1915. Mais celui-ci, libéré en janvier 1917, est expulsé de France. Il rejoint alors Barcelone, puis se brouille avec Rirette avant de rejoindre la Russie bolchevique.

Elle travaille ensuite comme typographe, avant de devenir correctrice de presse et d'intégrer le syndicat des correcteurs en 1923. Durant des années trente, elle s'installe au Pré St Gervais et vit avec Maurice Merle (un actif syndicaliste des usines Renault) et collabore à « La Revue Anarchiste ». Elle participera encore, en 1959, au journal "Liberté" fondé par Louis Lecoin, mais devient progressivement aveugle à la fin de sa vie.

"J'essayai d'expliquer au tribunal que si l'anarchie enseignait aux hommes le mépris des morales conventionnelles, par contre elle ne les incitait pas au meurtre. Chacun demeurait libre de se déterminer selon sa conscience..."

Elle repose au columbarium du Père Lachaise à Paris.

Rirette Maîtrejean raconte qu’avec Kibaltchiche, ils ne se sont jamais quittés, moralement parlant. Par sa correspondance, elle l’a suivi dans toutes ses pérégrinations, en Allemagne, Autriche, Silésie et enfin le Mexique. Le 17 novembre 1947, quand elle apprend par la radio la mort de Kibaltchiche, elle reconnaît que ce fut « un des plus grands chagrins de sa vie. »