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Député trublion de la IIIe République, visionnaire de génie, il se fait prophète de l’Europe en son pays de la Haute-Loire. Mais déchu et proscrit à cause de ses excentricités, il finit en martyr.

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Philibert BESSON
(Philibert, Hippolyte Marcelin BESSON)

Né le 6 juin 1898 à une heure du matin à Vorey-sur-Arzon Haute-Loire 43
Selon acte n°21 AD43 en ligne 1898 p. 5/216

Décédé le 17 mars 1941 à Riom 63 Puy-de-Dôme

 

 

Orphelin de père dès sa naissance, brillant élève, il décroche deux diplômes d’ingénieur.

Si son portrait évoque à la fois, le professeur Tournesol et Coluche, il en a aussi l’ingéniosité, l’humour et l’excentricité.

Elu député de la Haute-Loire, s’il ne fréquente l’Assemblée Nationale que pendant trois années, de 1932 à 1935, son passage y laisse pourtant une durable empreinte.

Cet ingénieur, devenu homme politique, se définit lui-même comme un brave type au milieu des Vautours.

Farouchement indépendant des partis politiques, il se fait le procureur intraitable des pratiques douteuses de la IIIe République où les intrigues partisanes font et défont les gouvernements.

Considéré comme un original, il est surtout un véritable prophète car il milite pour l’Europe et la monnaie unique, 60 ans avant l’entrée en vigueur, le 1er novembre 1993, du Traité de Maastricht constitutif de l’Union Européenne.

 

Quand il naît le 6 juin 1898 à Vorey-sur-Arzon, sa mère, dentellière, est devenue veuve pendant sa grossesse. Il est fils unique et en souvenir du cher disparu, il portera deux des prénoms de son père.

Brillant élève, son instituteur se souvient  qu’il « s’amusait, faisait des farces, mais lorsque je l’interrogeais, il savait toujours sa leçon. C’était le plus fort de la classe. »

Pendant la Grande Guerre, Philibert devance l’appel en 1917 pour aller combattre. Blessé et fait prisonnier, il s’évade et à l’armistice de 1918, devenu sous-lieutenant, on le décore de la Croix de Guerre.

A Grenoble et Paris, il obtient deux diplômes d’ingénieur, en électricité et en mécanique. En 1925, il devient officier dans la  Marine Marchande puis chef-mécanicien sur les paquebots des lignes d’Amérique.

 

Elu maire de Vorey-sur-Arzon, en 1928, puis suspendu pour anticonformisme…

A chaque permission, il retrouve son Velay natal où il aime faire de la moto, pêcher et nager, d’ailleurs il n’hésite pas à plonger dans la Loire du pont de Changeac, haut de 8 mètres. On le dit aussi excellent dans les tours de cartes et la prestidigitation.

Tombé amoureux d’une de ses cousines, il veut l’épouser mais les parents de la jeune fille refusent et Philibert en éprouve un profond dépit qui l’amène à proférer des menaces de mort. Pour éviter l’inculpation, il consent finalement à un séjour de 3 mois en hôpital psychiatrique. Cette expérience le rend sombre et amer.

Puis, il repart aux Etats-Unis où il exerce divers métiers avant de revenir en France où il fait marchand de vins.

Mais en 1928, il trouve sa voie véritable dans la politique. Il a 30 ans.

Elu conseiller d’arrondissement, il devient maire de Vorey-sur-Arzon, sa ville natale. Déjà Philibert aime en découdre avec la justice et l’administration dans des histoires dignes de Clochemerle. Par son anticonformisme notoire, il fait obstacle à l’électrification soulevant les paysans contre le « trust de l’électricité ». Quant aux chemins de fer, il aime narguer la compagnie qui est monopole d’Etat, en voyageant sans billet. Et quand il invective le contrôleur, il doit en découdre avec la justice. A cause de ses rebellions et d’une certaine désinvolture, Philibert est suspendu par le préfet de son mandat de maire en 1930.

 

 

Joseph Archer et Philibert Besson lancent la monnaie européenne l’Europa… dès 1928

Philibert est l’ami de Joseph Archer, maire de Cizely (Nièvre) qui devient son mentor. Ce dernier milite pour un programme fédériste de l’Europe où les états sont fédérés sans barrières douanières et avec une monnaie européenne l’Europa. Besson propagandiste acharné de ce programme considère que la France, ainsi, ayant résolu tous ces problèmes nationaux, ayant un idéal international, pourra être véritablement la reine de la paix.

Philibert Besson et Joseph Archer lancent à partir de 1928 des pièces et billets de cette monnaie européenne gagée sur le travail. Selon ces deux révolutionnaires, on ne mesure plus le prix des marchandises en unités monétaires. Dans ce troc, un Europa vaut 2kg de blé, 200gr de viande, 30 gr d’or, 2kg d’acier, 50cl de vin, 10kwh, 30 minutes de travail…

Ces deux précurseurs s’élèvent contre les « vautours » de l’industrie électrique et des chemins de fer et contre les spoliations dont sont victimes les paysans qui vendent leur blé aux industriels de la meunerie. C’est ainsi qu’ils créent, dans la région parisienne, 150 dépôts où l’on vend les « pains Philibert Besson », 29 sous au lieu de 39 sous.

Selon Philibert Besson, il s’agit de faire cesser le scandale qui consiste à voler tous les producteurs de blé et tous les consommateurs de pain, depuis la taxation des blés de juillet 1933.

Il se bat tout aussi vigoureusement pour la sauvegarde des droits des mutilés et anciens combattants afin de préserver leur modeste retraite.

 

Très populaire, il est élu député de la Haute-Loire à une forte majorité en 1932.

Malgré son excentricité et son esprit contestataire, Philibert Besson bénéficie d’une popularité sans cesse grandissante, surtout parmi les paysans.

En 1932, il est candidat aux élections législatives dans la 1ère circonscription du Puy. Et juché sur sa puissante moto pétaradante, il parcourt la région, placardant lui -même ses affiches et guerroyant avec vigueur pour diffuser ses idées d’avant-garde. Cet homme, à la silhouette très typée et qui se flatte de parler cinq langues dont le « PATOIS », est connu dans toute la Haute-Loire.

C’est avec une très large majorité qu’il est élu député, sans étiquette, le 8 mai 1932.

Ainsi qu’il l’a promis à ses électeurs, il est le premier interpellateur du Gouvernement, en exposant les moyens propres à conjurer la crise économique qui ayant un caractère universel doit avoir, selon lui, une solution universelle. Il dénonce avec vigueur les « vautours du trust de l’électricité » qui produisent de l’électricité à bon marché mais la vendent fort cher. Il s’occupe d’affaires qui défraient la chronique sur un fond de malversations et de corruptions (le financier Stavisky, le magistrat Prince…).

Ayant des idées très personnelles sur tous les problèmes, Philibert Besson se trouve rapidement en conflit avec ceux qui ont contribué à son élection. En lutte contre les autorités de la Ville du Puy, il a maille à partir avec la magistrature et le barreau. Une ténébreuse histoire de vol de quittance va lui coûter son mandat parlementaire et le jeter vers de rocambolesques aventures.

Parmi ses faits d’armes spectaculaires, il y a cet inoubliable meeting du 3 mars 1935 qu’il organise place Chavanelle à Saint-Etienne. Comme l’accès à une salle lui est interdit, c’est juché, à sept mètres du sol, sur l’horloge du marché couvert qu’il fait son discours devant plus de 20 000 personnes. Ce succès triomphal étonne même les plus chauds partisans du député. Ce dernier, porté en triomphe par ses admirateurs, a ces mots : Je jure de rester le fidèle serviteur du peuple, ma vie lui appartient.

 

Déchu de son mandat de député, il devient « maquisard » défiant la police de façon rocambolesque

Déchu de son mandat par la Chambre des Députés le 7 mars 1935, son sort donne lieu à une vigoureuse passe d’armes entre les partis politiques qui, pour des raisons différentes estiment que le cas Philibert Besson est peu important à côté de celui des parlementaires compromis dans le scandale financier Stavisky, pour lesquels, les décisions de justice tardent trop à intervenir.

Certains orateurs font allusion à l’état mental de cet homme dérangeant qu’ils considèrent atteint de démence.

Philibert Besson prononce sa défense dans un long discours critiquant la politique financière de déflation et évoquant aussi sa mère mourante tandis qu’il s’estime menacé d’assassinat.

Déchu et proscrit de la IIIe République, il devient « maquisard » dans sa Haute-Loire natale. D’une incomparable habileté, il sait se jouer de la maréchaussée lancée à ses trousses. Devenu l’homme le plus recherché de France, il nargue la police pendant plus d’un an, avec l’aide de la population vellave, tout en poursuivant sa lutte contre les tout-puissants.

C’est ainsi qu’il se déguise, selon les circonstances, en vieille dame, en curé, en paysanne et il lui arrive même de devoir traverser la Loire à la nage sous l’œil ébahi des policiers venus l’intercepter.

Philibert Besson déguisé en dame respectable pour échapper à la police

Emprisonné en attendant son jugement définitif, Philibert fait la grève de la faim. Lors du procès, il est acquitté, tandis que Joseph Archer son ami est battu lors des sénatoriales de 1936.

Dans le même temps, le chansonnier Georgius immortalise le nom de Philibert Besson dans la chanson humoristique le Lycée Papillon.

 

Ce génie visionnaire, pris pour un bouffon, finit martyr en prison.

Mobilisé en 1939, pour la guerre qu’il annonçait depuis des années et dont il avait même prédit la date, il doit rejoindre son bataillon en février 1940 à Clermont-Ferrand.

Quelques jours avant son départ, alors qu’il se trouve dans un café de Vorey, entendant les propos du speaker de Radio-Stuttgart appelant à la reddition, Philibert commente : C’est la vérité, Nos armées ne peuvent vaincre. Elles sont quasiment trahies.

Un témoin rapporte ces propos à la gendarmerie et Philibert Besson est aussitôt arrêté pour propos défaitistes tenus publiquement. Enfermé à la prison de Riom, il meurt prématurément, à l’âge de 42 ans le 17 mars 1941, torturé par son geôlier.

 

Sources documentaires :
"Philibert Besson Le député terrible" de René Dumas - éditeur Le Hénaff
http://www.assemblee-nationale.fr/sycomore/fiche.asp?num_dept=761
"Philibert Besson, le fou qui avait raison" de Jean-Luc Dousset - éditions Jeanne d'Arc
http://www.eja-editions.com/fiche-produit.php?id_produit=154

 

 


(Logiciel AUREAS AstroPC Paris)

 

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